Café littéraire du 22/06/2026 📜📚

Par un jour de canicule, un soleil africain, nous étions au frais dans notre salle n°1 de l’Ermitage ! Louis a conduit jusqu’à l’Ermitage Aurore et Nicolle, nous avons retrouvé  Noëlle, Fabienne, déjà arrivées, ainsi que Béatrice, Ida, Gérard et Monique.

Nous étions 9 pour participer à 5 présentations de romans, essai et visite d’exposition. Quelle richesse !

Louis anime la séance et après avoir accueilli les courageux, il va donner la parole à Aurore

Elle présente un essai, document d’origine espagnole «  Les abandonneuses » de Begônia Gomez Urzaiz. L’auteur est une journaliste née en 1980, elle vit à Barcelone et écrit des chroniques dans deux quotidiens et dans plusieurs revues féminines. Ce livre a été traduit en 6 langues. Il est paru en février  2026, mois de la femme, et a fait l’objet d’un débat à l’Institut Cervantes de Paris, animé par Anna Cabana, avec la collaboration de L’Ambassade d’Espagne.

Ce livre n’est pas un roman mais un essai, un travail d’investigation remarquable d’une journaliste très cultivée. Elle va décrire la vie de femmes connues ou inconnues, romancières, artistes, émigrées sud-américaines, ou héroïnes de romans célèbres : Muriel Spark, Doris Lessing, Meryl Streep, Ingrid Bergman, Gala Dali, Anna Karenine, La maison de poupée de Ibsen (Nora), Maria Montessori.

Qu’ont-elles de commun ? Elles ont toutes à un moment ou à un autre de leur vie, refusé de se sacrifier au détriment de la maternité, ignorant le jugement d’une société qui considère que « si un homme  quitte ses enfants, une femme les abandonne » sous-titre du livre ! Elle va également mêler sa propre histoire ; elle ajoute que « quelles que soient les circonstances, les mères sont toujours fautives ». Bruno Bettelheim ne disait-il pas que les mères étaient responsables de l’autisme de leur enfant ?

Après une lecture Aurore explore le cas de Muriel Spark : Romancière, née en Ecosse assez peu connue en France, Elle a rencontré un très grand succès pour « Le bel âge de Miso Bradie » porté à l’écran. Elle a publié de nombreux livres, romans, recueils de poésie. Elle se marie avec un professeur plus âgé déjà malade, elle le suit en Rhodésie. Un enfant va naître. Mais le mariage se révèle un désastre, d’autant plus qu’elle entretient une relation avec sa secrétaire. Elle rentre à Londres avec Robin, âgé de 4 ans qu’elle place dans un couvent. A la fin de la guerre elle fait revenir Robin et le confie à ses parents qui l’élèveront. La relation entre la mère et le fils, n’existera jamais. La rupture définitive aura lieu. Muriel part finir ses jours en Italie, elle déshérite son fils pour sa secrétaire.

Doris Lessing est née en Perse, elle part avec ses parents en Rhodésie très tôt. Elle devient une romancière aux nombreux livres, Prix Nobel en 2007. Elle s’est mariée très jeune at a deux enfants qu’elle laisse à son mari, en quittant le domicile ; ils ont 3 ans et 1an et demi. Elle commence sa nouvelle vie avec une activiste communiste. Elle a de nouveau un fils qu’on retrouve dans son roman « le cinquième enfant ».

Elle ne se préoccupera jamais de ses deux enfants, en revanche, elle va combler le troisième au point de l’étouffer de son amour. Il n’aura pas de vie d’adulte autonome, souffrant de dépression. Son livre « Le cinquième fils » en partie autobiographique est un texte discutable, pour les uns remarquable, pour d’autres un vrai cauchemar.

Meryll Streep est un cas différent, Elle est adorée par son public et par le monde du cinéma comme la femme qui a le mieux combiné son image de femme et ses rôles au cinéma ; le choix de Sophie ; Kramer contre Kramer, sur la route de Madison. Le public ne s’est pas trompé en lui offrant trois oscars.

Ingrid Bergman : Une actrice suédoise mariée à un médecin suédois, elle fait une grande carrière cinématographique à Hollywood.

 En 1949, elle écrit à Roberto Rossellini en lui indiquant qu’elle aimerait tourner avec lui. Elle part pour Rome et entame une liaison. Elle est enceinte et demande le divorce, qui lui est refusé. Une bataille s’engage entre les époux, Pia leur fille restera aux USA. Ingrid ne la reverra  que 9 ans plus tard. Il n’est pas courant qu’une affaire familiale finisse en affaire d’Etat. L’adultère de Ingrid a pris des proportions exceptionnelles. Elle a eu trois enfants avec Roberto Rossellini. Elle part pour Paris, quittant l’Italie et Roberto, laissant ses enfants aux Mamies et à Pia. Elle déclara : « Jamais je ne me suis sentie coupable ».

Maria Montessori (1870-1952) est encore un cas différent : Elle est une femme singulière pour son époque, très cultivée, mais en lutte contre la société patriarcale. Elle ne put appliquer à son enfant les principes d’éducation qu’elle avait savamment établis pour les autres, parce qu’elle ne put l’éduquer.

A 28 ans, médecin spécialisée en Pédiatrie ce qui est très rare à cette époque en Italie. Après sa thèse, elle co-dirige un hôpital  pour enfants : l’autre co-directeur est un pionnier de la neuro- psychiatrie… Cinq ans plus tard Ils entretenaient une liaison et elle tombe enceinte, Ils se séparent, mais Maria garde l’enfant ; il est en nourrice chez des paysans qui vivent à 40km de Rome. Sur son acte de naissance est noté un patronyme fictif et un prénom : Mario. Le médecin reconnait l’enfant et puis il se marie et demande sa garde. Maria Montessori devient une femme engagée contre ces injustices, d’autant qu’elle s’est rendu compte que les enfants privés de leur mère présentent des déficiences intellectuelles nécessitant une attention éducative mais non médicale.

Mario a 15 ans, Maria veut reprendre son fils, et, elle fait l’erreur de tout lui donner, produisant un cas de surcompensation de l’enfant abandonné pendant l’enfance. Elle en a fait un enfant qui ne grandit pas. Maria Montessori a sa zone d’ombre, plusieurs fois candidate au prix Nobel, elle ne l’obtint jamais. Handicap familial ou politique, puisqu’elle avait le soutien de Mussolini.

Des échanges ont lieu sur ce sujet qui peut culpabiliser beaucoup de femmes, autant d’ailleurs que pour d’hommes. Nous repensons au film sur la pédagogue qui est bien représentatif de ses difficultés. CE livre est un essai nous rappelle Aurore, assez culpabilisant pour les femmes qui travaillent, la solution familiale est difficile à installer. C’est un sujet important.

Merci Aurore, cet essai est intéressant ; il n’est pas étranger au constat de la baisse de la natalité.

Louis propose à Béatrice de parler d’un livre sur l’Inde de nos jours.

Mon Refuge et mon Orage   de Arundhati Roy

Arundhati est née en 1961 à Shillong en Inde (N-E). Elle est issue d’un milieu chrétien syriaque ; son père, Rajib Roy est hindou bengali ; sa mère, Mary Roy, vient du Kerala (au S-O de l’inde).

Arundhati est une écrivaine militante, engagée dans la protection de l’environnement et des droits humains. Elle est architecte de formation, a été actrice et scénariste. Elle a publié un premier roman « Le Dieu des Petits Riens », récompensé en 1997 par le prix Booker (prestigieux prix littéraire britannique), traduit en 40 langues. Puis vingt ans après « le Mystère du Bonheur ». Elle est proche de la pensée Chrétienne.

En 2024, à l’occasion de la remise du prix Européen de l’Essai 2023 elle a fait un discours, publié en Essai, intitulé : « Aucun d’entre vous ne doit prétendre qu’il ne savait pas », dans lequel elle dénonce l’état politique alarmant de son pays. « Mon Refuge et mon Orage » a été publié en janvier 2026. Il vient de recevoir le 11 juin le « Grand Prix  de l’Héroïne Madame Figaro » Roman étranger.

………………………………

Ce livre est une biographie, présentée comme un récit qui se déroule sur 60 années depuis la guerre sino-indienne en 1962 jusqu’en 2022, avec en second plan l’évolution politique de son pays.

« Son refuge et son orage c’est sa mère Mary Roy ». Elle est divorcée d’un mari qu’elle qualifie « d’Homme de Rien ». Dans ce roman elle se raconte enfant, adolescente émancipée, confrontée à une mère à la forte personnalité, très aimée dans sa région où elle a créé et développé une école, mais dure et maltraitante pour ses enfants. C’est une mère abusive qui hurle et frappe ses enfants leur faisant des reproches, les traitant de tous les noms. Comme elle est asthmatique, Arundhati petite fille est marquée par ses crises, mais en prenant de l’âge elle sentira la nécessité de s’éloigner d’elle.     Lecture p. 35

Dans l‘ introduction elle écrit : « j’ai quitté ma mère non parce que je ne l’aimais pas mais pour pouvoir continuer à l’aimer. Après mon départ je ne l’ai pas vue, je ne lui ai pas parlé des années durant. Elle n’a jamais cherché à me joindre. »… « Si j’écris ce livre c’est pour combler le fossé entre l’héritage d’amour laissé à ceux qu’elle a aidés à vivre et les épines qu’elle a semées sur mon chemin … ». « Plus encore peut- être que celui d’une fille qui a perdu sa mère, mon deuil est celui d’une écrivaine pour son sujet le plus passionnant. Dans ces pages ma mère, mon gangster, va vivre. »

En 1962, la mère et les enfants sont obligés d’évacuer la région et se réfugient dans le Sud. Ils s’installent dans un pavillon de vacances, appartenant au grand-père maternel (décédé), et ce jusqu’à ce que la grand-mère et son fils, qui eux vivent au Kerala, viennent les expulser, au prétexte que les filles en Inde n’ont aucun droit sur les héritages de leur père. Cette loi n’étant pas en vigueur dans ce district (le Tamil Nadu), la famille reste dans ce logement. La mère se fait engager comme institutrice à l’école locale, et, en même temps s’imprègne des pédagogies innovantes dans une institution pour enfants de missionnaires britanniques ; elle les mettra en œuvre pour son compte en créant une Ecole, plus tard ailleurs au Kerala.

Là, Arundhati vit dehors   loin des querelles familiales, en enfant sauvage, dans la nature, près de la rivière, des oiseaux et d’une petite écureuil.

La mère diplômée de Sciences de l’Education crée une école très vite fréquentée, qui sera déplacée dans une grande maison, à la fois leur domicile et le foyer des pensionnaires. Cette Ecole va occuper une place importante dans le récit : par son constant agrandissement jusqu’à devenir un campus de plusieurs centaines d’étudiants dont la mère sera la seule responsable.

Mais les responsabilités et tâches multiples lui crèent de fortes crises d’asthme et tout le monde s’affaire auprès d’elle. Dans ces moments-là elle dit à sa fille qu’elle peut mourir, n’importe quand ; alors, que faire, ? Se tenir prête. Arundhati traduit ses angoisses dans ces moments : lecture p 4

Lors d’une visite de construction des nouveaux bâtiments, Arundhati rêve de devenir architecte. A 16 ans elle rentre à l’école d’architecture à Delhi, elle y part seule pour un trajet de plusieurs jours. C’est un milieu un peu hippie. Elle vit chichement dans un foyer puis dans des bidons-ville sur des toits. Elle apprend à survivre dans cette société où les filles croisent tous les dangers. Elle obtient son diplôme à 21 ans, mais entre-temps elle a rompu avec sa mère à la suite d’une nouvelle crise d’insultes lors d’un séjour de vacances annuelles.

Et sa vie va prendre un nouveau tournant après la rencontre fortuite d’un producteur de cinéma avec qui elle aura une relation, puis se mariera.

Le récit se poursuit longuement sur cette période d’artiste, de scénariste qui finalement débouchera sur une autre voie, l’écriture, son rêve de toujours.  Il faut lire ce livre sur ces deux femmes extraordinaires ; c’est aussi un hommage à la mère malgré des relations complexes.

J’ai fait la découverte de ce pays, de son histoire récente avec les combats menés par l’auteur. Et j’admire l’écriture d’Arundhati pleine d’humour et de scènes incroyables (par exemple quand elle décrit son avortement sans anesthésie et son retour en bus parmi de hommes qui menacent de la violer).

Passionnant témoignage de la vie de femmes intelligentes et cultivées, dans l’immensité du territoire indien. Merci de nous amener à lire un livre sur l’Inde nouvelle ! Nous en étions restées pour beaucoup à l’Inde de Rohinton Mistry avec « L’Equilibre du Monde »1995. Noëlle et Fabienne ont des souvenirs de voyages récents, elles nous en parlent un peu : diversité des régions, immensité d’un pays, devenu une république séparée du Pakistan, musulman.

Ida est sollicitée par Louis et elle souhaite évoquer Renoir, peintre impressionniste présenté dans une grande rétrospective à Paris.

Renoir et l’amour
La modernité heureuse (1865-1885)

Exposition au musée d’Orsay du 17 mars au 19 juillet 2026

Connaissez-vous réellement Pierre-Auguste Renoir ? Le musée d’Orsay lui consacre pour la première fois deux expositions, à l’occasion de son quarantième anniversaire. « Renoir et l’amour » (jusqu’au 19 juillet prochain) mais aussi Renoir à travers ses œuvres dessinées (jusqu’au 5 juillet), sur papier. Une facette moins connue de l’artiste.

La dernière grande rétrospective Renoir à Paris remontant à 1985.

Pierre-Auguste Renoir dit Auguste Renoir, né le 25 février 1841 à Limoges et mort le 3 décembre 1919 au domaine des Collettes à Cagnes-sur-Mer, est l’un des plus célèbres peintres français.

Des années 1860 à 1880 Auguste Renoir joue un rôle majeur dans l’invention de l’impressionnisme. Il s’impose aussi comme l’un des grands « peintres de la vie moderne » (selon l’expression du poète Baudelaire) aux côtés de Degas, Caillebotte, Manet ou Monet.

Aujourd’hui, la puissance d’invention et la radicalité de ses œuvres immensément populaires se sont émoussées à force de reproductions, copies et détournements en tous genres. Quand nous les regardons encore, les visages heureux et les gestes tendres des figures de Renoir peuvent nous paraître sentimentaux, voire mièvres, en décalage avec notre vision désormais critique, ironique ou tragique de la modernité.

Pourtant, à travers cette iconographie singulière de couples libres, d’amis bohèmes, de conversations galantes et de déjeuners conviviaux, Renoir déploie une réflexion profonde sur son temps et sur l’amour, non pas tant comme motif, non pas seulement comme sentiment, mais comme méthode et principe pictural : la peinture comme art du lien. Cette exposition vient interroger le sens des plus grands chefs-d’oeuvre de Renoir à l’aulne de la biographie de l’artiste, des évolutions de sa technique, mais aussi des bouleversements sociaux et culturels de l’époque.

Les tableaux colorés et joyeux d’Auguste Renoir, son iconographie des guinguettes et des bals publics, ont fait de lui un « peintre du bonheur ». Cette réputation a parfois conduit à le marginaliser parmi les grands peintres de la modernité, au motif que celle-ci ne saurait être que mélancolique ou ironique, désabusée ou désenchantée. Son œuvre propose pourtant une réflexion originale sur la modernité, placée sous le signe de l’amour, entendu à la fois comme force régissant les relations humaines et comme sentiment guidant le regard de l’artiste sur ses modèles, sur le monde et sur la peinture elle-même.

Malgré son nom, il n’utilisait jamais de noir… !

« Je sais bien qu’il est difficile de faire admettre qu’une peinture puisse être de la très grande peinture en restant joyeuse » (Auguste Renoir.)

1- Renoir et l’Amour

Rencontres en ville :

Confidences, Femme à l’ombrelle et enfant dans un paysage ensoleillé, La lecture du rôle, Une loge à l’Opéra, Au théâtre

Danseurs :

Danse à Bougival

Femmes et enfants frères et sœurs :

Croquis de têtes

Emportés par la foule :

Les parapluies

Une partie de campagne :

La fin du déjeuner

Le déjeuner des canotiers

2-Renoir dessinateur, croquer la vie moderne

Pastel, Aquarelle, Encre et plume, Estompe, Pierre noire crayon, Sanguine et craie blanche, Graphite, Fusain.

3- Le bonheur : le plus large ensemble de citations est situé dans le dictionnaire Quillet de la langue française (plusieurs éditions 1948- 59-77) Encyclopédiste né en 1880 mort en 1955, lexicographe autodidacte reconnu pour ses recherches.

Démocrite : « Le bonheur ne consiste pas dans la possession de troupeaux et de l’or. C’est dans l’âme qui est le siège de la béatitude »
(Démocrite d’Abdère, né vers 460 av. J.-C. à Abdère et mort en 370 av. J.-C., est un philosophe grec considéré comme matérialiste en raison de sa conception d’un Univers constitué d’atomes et de vide )

Voltaire : « Le bonheur est souvent la seule chose que l’on puisse donner sans l’avoir et c’est en le donnant qu’on l’acquiert »

(Voltaire, de son vrai nom François-Marie Arouet, né le 21 novembre 1694 à Paris où il meurt le 30 mai 1778, est un écrivain et philosophe français d’esprit libéral, jouissant de son vivant d’une célébrité internationale et considéré aujourd’hui comme une figure emblématique et centrale des Lumières)

Victor Hugo : « Ne rien faire est le bonheur des enfants et le malheur des vieux. Rêver c’est le bonheur, attendre c’est la vie. Il y a toujours dans le bonheur, même des meilleures gens, un peu d’insolence aimable qui défie les autres d’en faire autant. » « Celui qui est heureux rendra les autres heureux. » « Le pouvoir de trouver la beauté dans les choses les plus humbles rend la maison heureuse et la vie belle. » « Le bonheur, c’est quand ce que vous pensez, ce que vous dites et ce que vous faites sont en harmonie. » « Le bonheur n’est pas quelque chose de tout fait. »

On s’en va parce qu’on a besoin de distraction, et l’on revient parce qu’on a besoin de bonheur.
Le bonheur suprême de la vie est la conviction d’être aimé pour soi-même, ou plus exactement, d’être aimé en dépit de soi-même.

(Victor Hugo, né le 7 ventôse an X à Besançon et mort le 22 mai 1885 à Paris, est un poète, dramaturge, romancier et dessinateur français associé au romantisme. Il est considéré comme l’un des écrivains de la langue française et de la littérature mondiale les plus importants)

Hélène Keller: « Lorsqu’une porte du bonheur se ferme, une autre s’ouvre ; mais parfois on observe si longtemps celle qui est fermée qu’on ne voit pas celle qui vient de s’ouvrir à nous »

(Helen Keller, née le 27 juin 1880 à Tuscumbia, sourde et muette et aveugle, et morte le 1ᵉʳ juin 1968 à Easton, est une auteure, conférencière et militante politique américaine)

Oscar Wilde: « Certains suscitent le bonheur partout où ils vont, d’autres dès qu’ils s’en vont…. »

(Oscar Fingal O’Flahertie Wills Wilde, né à Dublin le 16 octobre 1854 et mort à Paris le 30 novembre 1900, est un écrivain, romancier, dramaturge et poète irlandais )

Jacques de Bourbon Busset: « Le bonheur, souvent, se construit au détriment de quelqu’un, et ce n’est plus le bonheur. Le vrai bonheur est de mettre son bonheur dans le bonheur d’un autre »

(Jacques de Bourbon, comte de Busset, né le 27 avril 1912 à Paris 7e et mort le 7 mai 2001 à Paris 14e, est un écrivain et diplomate français, membre de l’Académie française)

Jean Prieur : « La recherche du bonheur est la recherche de nous-mêmes. Le bonheur est différent pour chacun de nous ; il est différent comme les vocations : identique et uniforme, il serait sa propre négation.

(Jean Prieur est un professeur et écrivain français né le 10 novembre 1914 à Lille et mort le 23 décembre 2016 à Pontoise. Il est l’auteur de nombreuses études sur l’Histoire, l’au-delà, la vie après la mort et le paranormal, quand ces sujets côtoient le mysticisme.)

Eckhart Tolle : « Ne cherchez pas le bonheur. Si vous le cherchez, vous ne le trouverez pas, parce que la recherche est l’antithèse même du bonheur »

(Eckhart Tolle, de son vrai nom Ulrich Leonard Tolle, né le 16 février 1948 à Lünen, est un écrivain et conférencier canadien d’origine allemande, auteur des best-sellers : Le Pouvoir du moment présent et Nouvelle Terre)

 Proverbe français : « Le bonheur fuit celui qui le cherche »

Cela réveille en nous des souvenirs de nos études,  Renoir  le maître des groupes de gens qui aiment la fête, les rencontres, le théâtre, les bords de rivière c’est un moment privilégié. Il nous manque des images pour atteindre le Bonheur.

Merci Ida, ce moment est très agréable.

 C’est au tour de Fabienne : elle a choisi un roman de  Cécile Coulon.

Cécile COULON : Le visage de la nuit.

Romancière, poétesse et novelliste française née le 13 juin 1990 dans le Puy de Dôme. Elle reçoit plusieurs prix pour son premier roman « Le roi n’a pas sommeil » paru en 2012, et avec « Trois saisons d’orage » en 2017, mais c’est avec « Une bête au paradis » qu’elle rencontre le succès public en 2019 (prix littéraire du Monde).

Elle publie ensuite : « Seule en sa demeure » en 2021, « La langue des choses cachées » en 2024.

Elle a fait des études en lettres modernes à Clermont Ferrand et publie son premier roman à 16 ans. Elle est docteure en littérature contemporaine.

Son œuvre est traversée par la violence mais aussi une grande humanité, un regard particulier sur l’humanité blessée, les laissés pour compte, les oubliés, ceux qui ne suivent pas le chemin tracé à l’avance. Son écriture est très poétique, sans effets de style, parfois « à l’os » mais aussi charnelle et quasi mystique par moments. Elle crée un univers où violence et amour, rejet et pardon s’entremêlent dans des romans assez courts, abrupts et intenses.

Dans « Le visage de la nuit » paru en janvier 2026 nous suivons le chemin de vie d’un enfant défiguré après une maladie mystérieuse, son père devenu fou l’a abandonné, sa mère étant morte, il se retrouve orphelin. Il est alors recueilli par le curé du village et sa bonne, qui porte, elle aussi, un lourd fardeau et un secret ; Il sera élevé par ce couple parental improbable, instruit et aimé, mais surtout caché car sa laideur ne pourrait provoquer que haine, peur et rejet de la part de ses semblables dans ce village reculé (Fonds du puits) où des haines ancestrales et des secrets, et, un passé de violence ne pourraient que lui être fatal. Il ne sort donc que la nuit quand les villageois sont enfermés derrière leurs volets clos et leurs peurs. Mais une nuit il va faire la rencontre d’une jeune fille qui va bouleverser son existence. Ces deux êtres sont chacun marqué par une malédiction qui les oblige à rester cachés le jour aux yeux du monde.

Ce roman est bouleversant, traversé d’éclairs sur l’adolescence, la violence et le désir mais aussi la rédemption, d’une intelligence et d’une humanité rare dans une langue étincelante et poétique et une construction subtile où les secrets et destins de chacun se répondent.

Nous sommes étonnés d’entendre se dérouler la présentation de Fabienne selon une intrigue très proche de celle qui fut présentée au café précédent  par Monique.  Notre étonnement va nous amener une explication sur la création romanesque de Cécile Coulon. Chaque lecture est un  « charme » par son style, la douceur de ses personnages.

C’est à Nicole de prendre la parole pour présenter Olivier Bordaçarre, pour le livre :

 Un amour d’Elise 2025 chez Denoël, 300pages

Qui est Olivier Bordaçarre ?

Il est né en 1966, à Paris et parle peu de ses origines, son nom pourrait venir du Pays Basque, (on trouve un chant pour les fêtes de Mauléon écrit par un poète de ce nom).  En revanche Olivier vit pour l’écriture et le théâtre : Il fait ses classes auprès de Ariane Mnouchkine après être passé au Théâtre en Deux de Sylvie Haggaï, dès1992.

Il vit passionnément le Théâtre, ses techniques, fait du journalisme, pour l’écriture et pour parler de ses passions. Ateliers d’écriture, stages de théâtre qu’il anime dans divers milieux et structures de formation. Il fonde la troupe du Théâtre de l’Olivier en 2000, à Paris : Il a « sa « compagnie et écrit ses créations pour « son théâtre ». (l’appellation « théâtre de l’Olivier » est une institution d’origine grecque, on en trouve à Istres, Marseille et dans de nombreuses petites villes du sud).

Puis il écrit ses romans, riches de ses expériences, ses efforts et ses réflexions ; 2006 « Géométrie variable » raconte les difficultés de sa vie de « saltimbanque » et sa détermination.  Puis 2008, « Régime sec » ; 2011 « La France tranquille » il y aborde les possibles dérives politiques sous le couvert d’une enquête beauceronne. Puis c’est une fable berrichonne dans le milieu des éclusiers, petit monde encore sensible aux peurs et mythes anciens « Dernier désir »2014 ; Puis « Accidents » aux éditions Phébus en 2016 et en 2018 « le sexe du ministre » chez le même éditeur. Il vit dans l’Allier plus récemment, mais il a fait son tour de France des « logements sociaux » comme on le voit dans le dernier roman : « Un amour d’Elise » 2026. Il est connu des libraires, surtout depuis 2024 avec la « Disparition de Hervé Snout » paru chez Gallimard, collection Policier 2025. Ce roman fait écho au « Nouveau roman » et aux essais poétiques des passionnés du groupe « Oulipo » : un lipogramme de Georges Perec avait gommé tous les « e », sur 300 pages, dans la Disparition.

Une belle écriture masculine, jeune, informée, critique, active, dans l’urgence. Un souci de l’organisation, de faire réfléchir sans maniérisme. Mais il construit rigoureusement le plan de son roman, il soigne les liens, les articulations : ce qu’il enseigne dans les associations comme « Les artisans de la fiction ou La boutique de Tarabuste », ce sont ses groupes de travail sur l’écriture ; ( Il a semé derrière lui des groupes d’amateurs en écriture poétique, policière, comme beaucoup de passionnés de Oulipo).

L’intrigue du roman est complexe, elle se joue entre deux êtres qui ont tellement de choses à faire et à vivre qu’ils bénéficient d’une longue vie : Ils naissent en 1966 et 67 comme Olivier et Elise et s’éteignent en 2067 :

 Première lecture :  Elise est alors solitaire presque 99 ans. Cela commence par une image finale, comme un roman d’anticipation avec un cadre de vie high tech, en 2067, cela paraît normal. Elise redécouvre le jour avec nous dans cette maison, construite ensemble, où elle vit seule, solitaire, désœuvrée maintenant. Le manuscrit qu’elle découvre dans un coin de l’immense bibliothèque s’appelle : « Grandir ensemble » et c’est leur histoire d’amour qu’elle va lire avec émotion. Il raconte la jeunesse de Gilles et leurs 50 années de vie commune : nous entrons dans un autre roman « Grandir ensemble » centré sur le couple vu par Gilles. En peinture on définit cette structure « en abyme » (nommée ainsi par André Gide ; en peinture cette construction est fréquente).

Pour le lecteur, nos héros sont donc témoins de leur temps et n’ont pas une vie facile à l’époque du Babyboom, l’intrigue se nourrit de la biographie de l ’écrivain. Gilles est amoureux de Elise, mais elle échappe constamment à ses regards. Ils sont dans le même collège, mais pas dans le même groupe social. Les Delissalde sont plutôt bourgeois, les Arthur sont pauvres, leur voiture est une Fiat 127 caca d’oie… ! M. Delisalde, lui, habite Saint Leu la Forêt.

 Après un long silence entre eux, Gilles est devenu addict aux actrices de cinéma, se traite de céphalopode, nourrit des sentiments autodestructeurs. En 1982, ils ont 16 et 17 ans, sous l’influence des parents, ils se sont séparés. En couple en 1990, Elise est malheureuse, elle s’occupe de la petite Lili et nourrit des comportements suicidaires. Une longue période de séparation, de réflexion ; Gilles trouve un poste dans la publicité, il recherche son amour perdu et tous les deux se retrouvent grâce à la ténacité de Gilles : En 1997 ils vont se rencontrer !

Deuxième lecture de la rencontre à la gare de Enghien les bains. Un morceau de bravoure… Pendant 17ans, ils ont donc vécu sous l’influence directe ou indirecte  de leur famille respective.

  Avec une utilisation du temps originale et un « effet de miroir » créé par un écrivain inventif, Elise, en 2067 , va passer ses derniers mois à lire et annoter le texte de Gilles : elle s’étonne, elle admire, elle fond en larmes, elle prend son crayon et biffe des lignes, et même elle se rebelle, jette les écrits de Gilles puis revient et se résigne… : c’est une écriture- Lecture à deux voix,

Comment  elle redécouvre  sa vie, leur vie, souvenirs de 40 années de vie ensemble ?

                                            ****************************************

Notes : plusieurs influences intéressantes, à mes yeux !

1-« UN amour d’Elise », chez Denoël 368p. paru en mars 2025 ; peut-être un coup de chapeau entre écrivains, en effet en 1967, chez le même éditeur est publié « Elise ou la vraie vie » de Claire Etcherelli, 277 pages, Prix Fémina. Un nom basque également.

Ces romans comme l’époque attirent l’attention sur les femmes qui peuvent enfin voter, participer politiquement, mais sans avoir la culture qui les aideraient à s’imposer ; en réalité, elles restent encore écrasées par les charges familiales, les soucis d’argent, pas de salaire, une réelle dépendance au chef de famille : c’est lui qui impose les idées, les principes sans toujours se rendre compte qu’il règne… Elise vit ces situations et cherche à s’exprimer dans la sculpture. Mais qui peut acheter une sculpture ! Chacun se libère pour vivre un grand bonheur.

 Les années 1995, il devient un écrivain talentueux ; elle est mère de Famille, Lili qui a une dizaine d’années, enfant de sa première vie, puis une petite Zoé.  ET aussi, elle est manœuvre dans une grande librairie pour aider la famille à vivre ; elle s’adapte à cette situation, doit faire impasse sur une ambition artistique de plasticienne. Il lui faudra attendre 2047 pour avoir une reconnaissance en Art Plastique, par une grande exposition !

2-Tandis que Gilles s’exprime, se forme, écrit, et même quitte le foyer pour être « résident » et écrire plusieurs romans. Il est gratifié par des prix et une certaine renommée ; mais ce crédit met en lumière le nom d’Arthur  et non celui de Délissalde ;  ils ne vivent pas sous le même nom, ils n’ont pas eu le temps de se marier, et était-ce nécessaire ? Ils le feront en 2000.

Ce livre découvert : « Grandir ensemble » est destiné à Elise, un hommage magnifique ; mais elle le découvre alors qu’il vient de décéder en 2067, et, dans son roman Gilles décide de la disparition d’Elise en 2026, la faisant vivre 99 ans !  et lui continue à vivre dans l’imaginaire de son texte qui se termine doucement dans les brumes de sa mémoire.

Roman réaliste par l’écriture daté de 2025, écrit rapidement en apparence, cela fait plus vrai, avec des retours, des rajouts de la part de Gilles, même des fautes d’orthographe ; des remarques de Elise qui revit son passé et reconsidère ses choix. C’est vivant, puissant, avec un air d’anticipation ou de surréalisme. Olivier Bordaçarre est « magicien » autant qu’écrivain. Il faut le lire et le rencontrer.

 La relation à la « lettre à Elise »1810 et à Beethoven est si évidente que je laisse le final à votre appréciation.

                        ****************************************************

3- C’est un écrivain talentueux, créatif et souvent inattendu. Il est très inspiré par Georges Perec, le groupe Oulipo, et se passionne pour l’écriture, il aime les récits puissants et originaux et se donne des contraintes pour libérer ses talents et une discipline nécessaire à la créativité. Il fait vivre plusieurs sites dont l’un s’appelle les « artisansdelafiction.com »  et l’autre « Quaisdupolar.com » (note sur Oulipo à venir. )

Dans le roman proposé, il explore les mystères et les souvenirs d’un couple, dans un  cadre temporel inattendu. Avec un malin plaisir Gilles note toutes les références qui situent l’évolution du temps grâce à des films, des musiques, des événements, c’est une trouvaille de journaliste intéressante. Le plus souvent les références se situent entre 1980 et 2024.

 Le plaisir de lire la vie de Gilles, certaines oppositions d’Elise qui conteste les avis de son mari montre qu’elle lit passionnément cet ouvrage et le lecteur aussi d’ailleurs. Parmi les documents mis en annexe, Elise découvre qu’elle est décédée en 2066, portée en terre, et là tout se brouille dans sa tête. Il se passe alors un étonnant retournement narratif. Elle ou il lit ou se souvient, revit une histoire toute différente, on change de siècle et se retrouve dans une époque étrange, une ambiance différente et vous irez lire ce que produit ce changement de logique. Dans le quotidien tracé à minima ; c’est le livre qui mène ; sous la plume de Gilles, les personnages disparaissent doucement.

Une œuvre foisonnante qui m’a bien plu.

Cinq présentations passionnantes, nous étions ravis. Bien que le retour de la chaleur soit un peu pénible, le moment était privilégié.

 Nous nous retrouverons le lundi 7 Septembre 2026 pour de nouvelles aventures.

Bon été et bonnes lectures, belles découvertes .

Souvenir bien amical. Nicolle.