Déjà le mois de juin, le temps passe très vite : Nous préparons déjà le temps de vacances et la rentrée du 7 septembre, date du premier Café Littéraire 2026-27.


Nous nous retrouvons dans la salle habituelle de l’Ermitage : Sont arrivés, Marielle, Monique S, Monique M., Gérard, Jean, Sylvie, Louis, Nicole C., Annie Leubet, Marie-José, Ida, Nicolle, Béatrice, Anne Hébert.
Sylvie anime notre réunion, elle remet l’analyse du film choisi par Isabelle, animatrice du Ciné Passerelles, au 22 juin, puis elle rend hommage à Edgar Morin qui nous a quitté à 104 ans. Nous partageons ce moment respectueusement.
EDGARD MORIN 8 février 1921 ( Paris ) – 29 mai 2026 ( Paris )
« Certains êtres par leur présence dépassent le cercle intime de ceux qui les aiment, des êtres qui par leur pensée, leur regard sur le monde et leur humanité, laissent une trace durable dans la vie des autres ».
Ainsi, sa femme SABAH ABOUESSALAM a dit au-revoir à son compagnon EDGARD MORIN, décédé le 29 mai 2026 à l’âge de 104 ans.
Elle relaie ainsi notre parole et notre reconnaissance envers ce Grand Homme, cet « Universaliste » et nous encourage à faire vivre, à notre manière, ce qu’il incarnait, la Bonté, la Sagesse et l’Amour des Autres.
Edgard NAHOUM de son vrai nom aimait à raconter qu’il avait choisi en tant que pseudonyme de résistant Edgard Magnin (en Ref au personnage de Malraux dans L’ESPOIR) mais sa camarade résistante a mal compris et l’a présenté en tant que EDGARD MORIN. En fait, il a décidé de garder ce nom.
« Nous avons reçu la vie en cadeau et en fardeau en deux vérités contraires » disait-il (en citant au passage la pensée de CERVANTES « Je vis du désir que j’ai de vivre »).
Essayons de vivre en communauté, en solidarité, en convivialité dans la nécessité d’être reconnu et de reconnaître l’autre, notre humanité et celle de l’autre.
Je SUIS tout ce que j’ai rencontré.
Il développe la notion de « PENSÉE COMPLEXE » devenue sa signature intellectuelle. Philosophe et sociologue, il a la conviction que les grands défis de notre temps ne peuvent être compris qu’en reliant tous les savoirs.
Toute sa vie, il s’est attaché ä comprendre ce qui relie plutôt que ce qui sépare.
Résistant, chercheur au CNRS, auteur d’une œuvre monumentale, à rebours des visions simplificatrices, il invitait à regarder le monde dans toute sa richesse et ses contradictions, en reliant les disciplines, les expériences et les points de vue pour mieux appréhender une réalité faite d’interdépendances et d’incertitudes.

Dans son dernier livre « LEÇONS D’UN SIÈCLE DE VIE » écrit à l’âge de 100 ans ! Il nous donne des pistes de SAVOIR VIVRE, des forces de VIE, des forces de RÉSISTANCE.
La poésie étant une piste d’épanouissement. Il faut tenter de vivre en poésie dans un état d’émotion permanent !
AU REVOIR et MERCI MONSIEUR EDGARD MORIN
Puis Sylvie enchaîne avec la présentation de Gérard. Il a pensé à reproduire son texte pour nos participants. Il s’agit de « L’espèce fabulatrice » de Nancy Houston. Il le commente avec intérêt, en clarifiant certaines expressions comme « performatif » (qui porte à l’action, de l’anglais « to perform »), le pensif, adjectif devenu un nom pour le différencier de l’affectif ou autre activité humaine :
« L’Espèce fabulatrice », essai de Nancy Huston publié en 2011 (en juin 98 « l’empreinte de l’ange », en mai 2012 « Reflets dans un œil d’homme » et « Infrarouge »).
L’autrice : Nancy Huston, une femme de lettres canadienne et universaliste, qui vit en France et écrit directement en français et en anglais. Romancière et essayiste de renom, elle a notamment reçu le prix Goncourt des lycéens pour Lignes de faille. Son œuvre explore avec sensibilité l’identité, l’exil et les complexités humaines.
Le livre : L’Espèce fabulatrice Dans cet essai, Nancy Huston soutient que ce qui définit l’être humain n’est pas son intelligence, mais sa capacité unique à inventer et croire en des récits. Des religions aux identités nationales, en passant par nos vies quotidiennes, nous façonnons le monde à travers les fictions.
Ce livre invite à prendre conscience du rôle dans nos vies des histoires que nous nous racontons.
Les journaux ont attribué à Edgar Morin (après Comte-Sponville) la formule : penser sa vie et vivre sa pensée.

A partir de ce livre qui nous décrit comme une espèce Fabulatrice je veux aborder le « rôle de la littérature et du roman » (la Fable incluse) dans la pensée.
Le roman et la pensée, ou la « puissance du pensif » :
De quoi est-on “pensif”, en effet, si ce n’est d’une chose : de ce qu’est au fond la vie ? pourra-t-on penser ce qu’est “vivre” autrement que de façon pensive ?
Cette « pensivité » est celle qui habite tout lecteur qui finit la lecture d’un roman quand c’est un vrai roman (c’est même à cela qu’on reconnaît que c’est un vrai roman).
Ne serait-ce donc pas le mode de pensée propre à la littérature, ou ce qui fait son “épaisseur” de vie, en regard de la pensée qu’on dit “abstraite”, celle que développe la philosophie ?
Au seuil de notre modernité, à la jointure des XVIIIe et XIXe siècles européens, la “littérature” a trouvé son nom ouvrant alors la modernité du monde.
Il a fallu la perte de la Foi comme le chavirement dû à la Révolution pour qu’une nouvelle forme de pensée se libère et puisse devenir pleinement la “littérature” se justifiant de sa pensée.
Car, s’il n’y a plus « d’ordre du monde », il n’y a plus non plus de “nature humaine” à illustrer comme le faisaient précédemment encore les Belles-lettres. Celles-ci étaient chargées de mettre en scène la vérité humaine comme de mettre en récit le destin des hommes.
Ce qu’explore un roman, en effet, est < comment on s’y “prend” dans la vie ; ou comment on s’y prend “avec” la vie> (comment on “s’en tire” dans la vie !)
Or, le roman, ne voulant pas tout maîtriser par la pensée, donne d’autant mieux à penser.
Moins il s’approprie la pensée, plus il peut se laisser traverser de “penser” : il emporte avec lui de la pensée en suivant le seul déroulement et dénouement de son récit. La pensée y est à la fois en creux et en débord, d’où son épaisseur pensive de pensée.
A titre d’exemple Monte-Cristo est un roman fort bien fait quant à l’intrigue, qui fait hâtivement tourner la page, donc à fort potentiel de divertissement – mais il est sans aucune pensivité, il n’y a rien en lui à commenter : quand on l’a lu, tout est dit, la place est nette, sans reste, sans “séquelles” pour la pensée ; et cela, avouons-le, est libérateur, on a passé un bon moment. Balzac, en revanche, est immense en pensivité et à sa façon la Fable (affabulatrice) comme le petit Chaperon Rouge.
Or peut-être serait-on passé effectivement d’un Âge à l’autre : de celui de la philosophie atteignant à l’universel par abstraction du monde et de l’expérience à celui de la littérature découvrant l’universel dans l’intime partagé.
Ce n’est pas un universel de l’esprit (de la raison), mais un universel de l’humain de l’homme : il s’éclaire de la complicité et de l’entente interne qui fait l’“humain” au sein du monde, par quoi tout homme se trouve – ou plutôt se découvre – existentiellement concerné.
Le petit chaperon rouge,
Tout le monde connaît ou croit connaître cette histoire de petite fille innocente, mais désobéissante. On peut en résumer la portée morale en ces termes : « petite fille, ne t’écarte pas du chemin prescrit, sinon, tu finiras mangée par le loup ». C’est du moins ce que les deux versions qui en ont fait la fortune nous en ont transmis. La première de Charles Perrault, écrite à la fin du 17e siècle, qui se finissait sur la mort de la petite fille ; la seconde, transcrite par les Frères Grimm au début du 19e siècle et qui finissait par le sauvetage de l’enfant grâce au chasseur et la mort de l’animal.
Ce que montre l’étude d’Yvonne Verdier, c’est qu’il existe une tout autre histoire du conte, longue de plusieurs siècles de tradition orale en France, et dont la portée est bien différente.
Recueillies pour la plupart à la fin du 19e siècle dans le bassin de la Loire, le Nivernais, le Forez, le Velay ou le nord des Alpes, ces versions comportent plusieurs motifs qui ont été complètement laissés de côté par la tradition littéraire.
Or, et c’est là que c’est passionnant, dans ces versions, cette histoire est essentiellement une histoire de femmes, fort peu ingénues qui plus est ; une histoire de transmission, de passation de pouvoirs, une histoire punk aussi, un peu gore à certains endroits, dans laquelle le loup n’est pas le héros, et, dans laquelle, scoop, la petite fille n’a même pas d’habit rouge.
Le premier motif absent des versions Perrault et Grimm est celui du choix du chemin offert à la petite fille par le loup quand ils se rencontrent. La bête propose à la fille de choisir entre le chemin des aiguilles et le chemin des épingles.
En d’autres termes, cette histoire d’aiguille indique que la petite fille prend le chemin de la puberté, et va pour cela trouver une grand-mère qui est déjà passée par là.
Deuxième motif oublié par la tradition littéraire – le plus croustillant, si je puis dire : celui du repas cannibale dégusté par la petite fille à son arrivée dans la maison. Elle est invitée par le loup à se restaurer. Le loup lui dit de prendre de la viande dans le placard, et la petite fille se cuisine, puis mange ce qu’elle ne sait pas être son aïeule.
Un repas qui comporte toujours du sang……Après le motif « pubertaire » des épingles, cette phase de l’histoire concerne donc l’acquisition par la petite fille du pouvoir de procréer.
Last, but not least, à la fin du conte, la petite fille n’est pas mangée. Yvonne Verdier souligne que le loup est pour la petite fille « l’ennemi révélateur », celui qui lui découvre son destin de femme. Elle se laisse guider par lui « non comme une victime, mais telle une fiancée aux yeux bandés, à la découverte de ce destin. »
Gérard et Marie-José définissent « fabulatrice » qui vient du latin « faber » action de faire. Puis nous parlons rapidement du rôle des fables dans la construction du savoir des enfants, Esope, La Fontaine et pourquoi pas les romans sont des fables pour nous informer.
Gérard conclut avec un extrait de ce roman paru en 2011 :
« Animaux nous sommes. Mammifères, primates super-supérieurs, etc…Sans plus de raison d’être sur la terre, ni d’y faire quoi que ce soit, plus que les autres espèces, sur cette planète ou sur d’autres.
Nous seuls percevons notre existence sur terre comme une trajectoire dotée de sens (signification et direction) Un arc. Une courbe allant de la naissance à la mort. Une forme qui se déploie dans le temps, avec un début, des péripéties et une fin. En d’autres termes : « un récit ».
L’univers comme tel n’a pas de sens. Il est silence. (Edgar Morin le dit aussi) Personne n’a mis du Sens dans le mode, personne d’autre que nous. Le Sens dépend de l’humain et l’humain dépend du Sens. Quand nous aurons disparu, même si le Soleil continue à émettre lumière et chaleur, il n’y aura plus de Sens nulle part. Aucune larme ne sera versée sur notre absence, aucune conclusion tirée quant à la signification de notre bref passage sur la planète Terre ; cette signification prendra fin avec nous.
A l’instar de la nature, nous ne supportons pas le vide, sommes incapables de constater sans aussitôt chercher à « comprendre ». Et nous comprenons, essentiellement par le truchement des récits, c-a-d, des fictions. »
Merci Gérard pour cette conclusion claire de notre finitude.
Sylvie se tourne vers Nicole Camugli.
Grand Voyageuse, celle-ci nous présente un livre de Alexandra Lapierre sur la vie de « Miles Franklin » L’écrivaine est la fille de Dominique Lapierre, écrivain, journaliste de talent. Elle est née en 1955, fait des études de Lettres, elle part aux Etats Unis où elle se spécialise dans l’art du récit. Elle réalise de courts métrages sur des personnages du 19ème Siécle. Elle a obtenu un master i Arts en 1981. Ses biographies romancées ont fait son succès, ainsi que des romans historiques, fruits d’un long travail d’enquêtes et de recherches dans des pays divers, souvent lointains. Chaque ouvrage lui demande plusieurs années de préparation.

Miles Franklin est l’un de ces ouvrages : Stella Maria Sarah Miles Franklin est une fille de fermiers pauvres qui vivent dans le Bush australien entre 1879 et 1954. Ce livre est un très beau portrait de femme éprise de liberté, tenace, intelligente, courageuse et altruiste. « Femme de panache et de cran», Comme beaucoup de femmes de cette époque, « elle est une esclave domestique ». Ce qu’elle ne supporte pas, elle va donc consacrer sa vie à dénoncer cette situation. Elle sera une écrivaine renommée, à grand succès en Australie.
Elle commence à l’âge de 20ans : elle publie sous un pseudonyme masculin « Ma brillante carrière » qui a un succès retentissant. Mais ne sachant pas faire valoir ses droits elle ne touchera aucun dollar !
Son rêve est de quitter Still Water qu’elle habite, ce qu’elle réussira grâce à une institutrice qui l’accompagnera toute sa vie. Grâce aussi à Bongo Paterson qui l’invite à Sydney ; à Rose Scott , une militante pour le droit des femmes qui l’accompagnera également ; et à Jane Addams, Prix Nobel de la Paix en 1931, soucieuse des personnes défavorisées. Elle part à Chicago, se fait embaucher comme bonne à tout faire pour vivre au plus près la condition des femmes. Elle se bat pour le droit de vote, l’égalité des salaires homme/ femmes, le sort des enfants, les horaires réglementés. A Chicago, elle se fait remarquer par la « Women-Trade- Union League » où elle devient Secrétaire Générale. Puis, elle part en Angleterre, au cours de la seconde Guerre Mondiale et se fait engager comme infirmière dans les Balkans.
Pendant tout ce temps, elle écrit beaucoup sur le sort des femmes, mais elle n’est pas reconnue, ses écrits non plus. Ce n’est que lorsqu’elle rentre en Australie, au décès de son père, que ses écrits portent alors sur la société australienne et elle devient un auteur à succès, avec toute la publicité qui lui fait horreur. Elle utilise des peudos, mais est assez vite découverte. Nicole nous lit des passages de cette biographie et la conclusion en particulier : , : « A son décès, elle laisse une importante somme au profit de la création d’un grand prix littéraire portant son nom : « Miles Franklin literary Awards ».
Sylvie se tourne vers Monique S qui présente un livre dont l’auteur nous est connue Cécile Coulon pour le livre « La langue des choses cachées » publié en 2024.
C’est le 9ème roman de cette jeune écrivaine – poète. En 150 pages elle nous entraîne dans une intrigue addictive et glaçante par ce que magique. A la nuit tombante, un jeune guérisseur se rend dans un village reculé, accompagné du prêtre pour rencontrer deux familles en souffrance. La guérisseuse, mère du jeune homme, ne l’accompagne pas, c’est donc une première pour ce jeune homme, une nuit initiatique. Dans ce hameau nommé le Fond du Puits, il réalise que sa mère a fait une faute autrefois, et il ne sait pas comment réagir. Seule la mère connaît « La langue des choses cachées » mais elle est vieille.

Une écriture magnifique pour traduire ce récit d’un groupe humain qui croit encore aux cercles magiques et qui reste silencieux, l’Omerta sur les viols et incestes. Les personnages n’ont pas de noms seulement une fonction. Cela leur donne une portée universelle, inquiétante. Mais le jeune guérisseur peut-il changer ces mentalités ?
L’actualité est proche de la fiction en ce moment.
Sylvie souhaite que Jean présente son choix.
Atiq Rahimi – La ballade du calame – 2015 aux éditions L’iconoclaste.
Atiq Rahimi est né en 1962, romancier franco-afghan… Prix Goncourt en 2008 avec son roman « Syngué sabour – Pierre de patience »
Après le coup d’état communiste en 1978, il rejoint son père en Inde, c’est un premier exil, il y découvre la littérature mystique perse, avec un maître sikh, il apprend l’anglais et l’indi…
Il a vécu l’invasion soviétique en 1979.
En 1984 il se réfugie au Pakistan, puis obtient l’asile politique en France et un doctorat en audiovisuel à la Sorbonne (il a demandé l’asile culturel par refus de tous les totalitarismes)…
Son quatrième roman (le premier écrit en français) Syngué sabour relate le huis clos entre un soldat afghan dans le coma et sa femme qui entame un monologue faisant de lui sa « pierre de patience », cette pierre magique dans la mythologie perse devant laquelle on se lamente, qui éclate et délivre de toutes les souffrances… La femme se révolte contre les conventions et les tabous qui pèsent sur elle…
La ballade du calame est un livre sur l’exil, sur la difficulté de trouver la parole qui en rend compte… une page blanche qu’il faudrait remplir… C’est son troisième livre écrit en français…
Texte italique p 14
La parole ne vient pas… mais la plume glisse sur le papier et trace un signe qui ramène l’auteur à sa main tremblante lorsque à l’école de Kaboul le maître ordonnait Alef ! (Voyelle longue en langue arabe sous forme d’un trait vertical), souvenirs de ratage de cette calligraphie obéissant à des normes strictes…
L’auteur détourne cet exercice vers des formes « dégradées », ce refus inconscient d’adorer la divinité le pousse vers la peinture…
Errance et solitude : « seul le manque de mots décrivant mon exil m’obsède… Le -trait (le alef) est la raie de ma solitude sur la page blanche »…
Esotérisme et terre natale : lire p 58 parag. 1 et 3
« Je m’aperçois que la gématria d’alef, aussi bien dans l’ésotérisme judaïque qu’islamique est le chiffre 1 signifiant l’unicité et l’individualité… » (Gématria : science numérologique, on additionne la valeur numérique des lettres pour l’étude des textes sacrés…)
L’origine est un repère « L’alef est aussi mon tracé d’Ariane qui me guide vers mon passé, vers ma naissance ». La naissance est une des premières formes d’exil, il faut quitter le confort du foetus
Comme les premiers hommes dans les grottes je trace mes signes d’origine… J’abandonne ma plume métallique pour un calame, une tige de roseau…
L’Inde m’a éveillé, face aux deux monuments dont l’un évoque l’éros (le temple Khajuraho avec ses sculptures sexuelles), et l’autre thanatos (le Tajmahal) le jeune afghan voit se frayer deux voies distinctes : connaître la divinité à travers la vie, ou à travers la mort… Il préfère chercher la vérité au fond de lui-même…
L’exil ne s’écrit pas, il se vit dans la voie de la création… Lire pages 98 à 100…
Toute création en exil est la recherche des clefs perdues…
Le texte de ce livre sur l’exil est enrichi de callimorphies, élans de créativité qui participent à combler l’indicible angoisse… à exprimer l’invisible : « l’invisible est l’expression poétique de ce qui est absent… »)… Lire page 124… « Si je me suis remis à la calligraphie c’est pour sublimer, vénérer les mots, pour qu’ils reviennent… »… L’auteur invente le mot callimorphie pour nommer cette calligraphie détournée en des lettres anthropomorphes…
Le livre se termine par douze mouvements pour « inachever »…. Lire page 148-149 (de mon calame à inachèvement) … C’est une chorégraphie poético-ésotérique guidée par une partition du corps…

Jean fait passer le livre d’art, fait au Calame, c‘est une merveille de délicatesse. Merci jean de nous parle de belles choses.
Sylvie intervient sur une expérience vécue grâce au film Hamnet, elle souhaite parler du livre qui est à l’origine du film.
MAGGIE O’FARREL : HAMNET
Traduit de l’anglais (Irlande) par Sarah TARDY
Née en 1972 en Irlande du Nord, MAGGIE O’FARREL a grandi au Pays de Galles et en Écosse. A la suite du succès de son premier roman QUAND TU ES PARTI, elle a abandonné sa carrière de journaliste littéraire pour se consacrer à l’écriture.
Elle aime l’écriture fragmentée où se distingue une pluralité de voix, soit ce que l’on appelle le « roman choral » et les flash-back, elle opte pour une écriture non chronologique de la vie de ses personnages, mêlant passé et présent.
Elle aime la culture des non-dits chez ses personnages.
Elle défend une ode à l’émancipation des femmes et dépeint surtout dans cet ouvrage, la condition féminine.
Elle cherche à y décrire la complexité des relations inter familiales, la perte des êtres chers, la sentimentalité à fleur de peau.
Elle écrit HAMNET EN 2020 qui sera élu meilleur livre par le Guardian et le New York Times. S’appuyant sur une solide documentation, elle y explore de manière fictive le deuil d’Agnes et de William Shakespeare, après la mort de leur fils HAMNET à l’âge de 11 ans, mêlant la petite et la grande histoire, la réalité et la fiction, le familier et le surnaturel, d’où un livre singulier et magistral.
Porté à l’écran par CHLOÉ ZHAO, avec Jessie BUCKLEY (Oscar de la meilleure actrice) et Paul MESCAL.
L’HISTOIRE :
Un jour d’été 1596, dans la campagne anglaise, une petite fille tombe gravement malade. Son frère jumeau, HAMNET, part chercher de l’aide car aucun de leurs parents n’est à la maison.
Agnes leur mère, n’est pourtant pas loin, en train de cueillir des herbes médicinales dans les champs alentours ; leur père est à Londres pour son travail ; Tous deux sont inconscients de cette maladie, de cette ombre qui plane sur leur famille et menace de tout engloutir.
Porté par une écriture inouïe, ce nouveau roman de MAGGIE O’FARREL est la bouleversante histoire d’un frère et d’une sœur unis par un lien indéfectible, celle d’un couple atypique marqué par un deuil impossible. C’est aussi l’histoire d’une maladie « pestilentielle » qui se diffuse sur tout le continent.

Mais c’est avant tout, une magnifique histoire d’amour et le tendre portrait d’un petit garçon oublié par l’HISTOIRE, qui inspira pourtant à son père, WILLIAM SHAKESPEARE, sa pièce la plus célèbre.
S’inspirant de l’origine de l’histoire peu connue d’HAMLET de SHAKESPEARE, MAGGIE O’FARREL décrit un mariage improbable entre un fils de gantier aisé et violent et une fille de la campagne illettrée et guérisseuse.
Ce roman poignant et bouleversant est écrit avec une grande justesse et une grande finesse mettant en avant le portrait d’une femme, d’une épouse, d’une mère prise dans les affres d’un deuil impossible.
En conclusion, on pourrait citer le poème célèbre de DYLAN THOMAS : « ET LA MORT N’AURA NUL EMPIRE ».
Ce livre est un acte de foi auquel la belle traduction de SARAH TARDY (déjà traductrice des romans précédents) rend pleine justice.
Foi dans la nature d’où devrait être bannie toute tentative de dissociation. Exploration des infinies ressources des âmes et des corps.
HAMNET est un chant à la gloire du monde dans sa totalité : Rien n’est jamais perdu il y a maintes formes de résurrection, comme il y a maintes formes de sacrifice.
« Il est mort et parti, madame,
Il est mort et parti ;
A sa tête une étendue de gazon vert ;
A ses talons une pierre. »
( HAMLET : Acte IV, scène 5)
Le père a ramené son fils à la vie : De la seule manière qu’il pouvait …en s’attribuant le rôle du fantôme, il a pris la place de son fils. La renaissance est possible. Merci pour toute cette richesse et Voltaire rationaliste vient compléter cette recherche.

Nous nous retrouvons le lundi 22 juin 2026, pour un dernier café littéraire de l’année 26-27, Nous serons à l’Ermitage dans notre salle protectrice, habituelle. Il y aura des activités ludiques pendant l’été, vous en serez avertis. Nous reprendrons le lundi 7 septembre 2026 à l’Ermitage, et vous serez prévenus par un mail de Passerelles.