Café littéraire du 15/01/2024 📜📚

Nous ouvrons le premier Café littéraire de l’Année 2024. Tous nos vœux à nos amis lecteurs et lectrices, pour un Café littéraire qui vous donne envie de venir participer, échanger et vous distraire.

Nos lecteurs fidèles sont présents : Marie, Nicole C., Sylvie, Marie José, Evelyne, Aurore, Nicole S. et Louis, fidèle conseiller. Mais beaucoup de nos amis absents ont prévenu, Noëlle, Isabelle, Marcel, Jean, Monique, Ida, Jacqueline, Annick, Renée. Nous pensons à eux et leur souhaitons une excellente Année 2024.

Nous parlons en introduction de nos occupations, écriture de « livrets » sur nos familles, souvenir d’une personne qui nous a impressionnés ; nous reparlons des livres importants qui paraissent, des films sur lesquels nous complétons une réflexion : « Anatomie d’une chute » par exemple.

Marie José semble pressée de nous introduire dans ses lectures. Elle reprend le beau livre de Charles Pépin : « La rencontre ». Editions Allary. L’écrivain est philosophe, il a 50 ans, agrégé de philosophie, diplômé de Sciences Po Paris, de HEC. Il enseigne, et écrit des best-sellers : « Les Vertus de l’échec »2016 : « La confiance en soi »2018 ; « La planète des sages »2011 et 2015. Il fait de nombreuses émissions présentées par Raphaël Enthoven, il est chroniqueur dans la revue Psychologie : il veut promouvoir une philosophie classique, à la portée de tous. Cela explique ses petits ouvrages, aux titres proches du public.

Le mot « rencontre », nous dit Marie-José, vient du vieux français « Encontre » qui signifie Heurter, S’opposer : <un procès à l’encontre de responsables… » ; La rencontre est un choc entre deux personnes dans une famille ou un groupe social, il s’ensuit des modifications de trajectoires dans les comportements des individus en question. Toutefois, l’autre n’est pas moi, il peut me perturber : si  je prends des distances, ce n’est plus une rencontre, c’est un croisement de chemin.

Le livre s’organise en trois parties :

1* Partir à la découverte de l’autre :

* les signes de la rencontre ;

* je te reconnais ;

* Quand j’ai envie de découvrir ton monde ;

* J’ai envie de me lancer ;

* Quand je fais l’expérience de ton altérité ;

* Quand l’autre fait de moi quelqu’un d’autre ;

* Quand l’autre me révèle ma nature morale ;

*Quand l’autre me sauve la vie.

C’est l’expérience de « sortir de soi ». Il fait l‘éloge de la disponibilité, et cela conduit à faire « tomber le masque », mais alors se pose la puissance de la vulnérabilité.

2*Pour le philosophe, la vraie vie est « rencontres ». C. Pépin met au service de son public toutes ses compétences pour expliquer les modes de la pensée philosophique : * la rencontre comme propre de l’homme : dimension anthropologique ; * je rencontre donc j’existe : lecture existentialiste ; * Rencontrer un mystère, lecture religieuse, qui s’oppose à l’existentialisme de J P Sartre qui est athée ; * Rencontrer le désir : lecture psychanalytique, refoulement, identification ; * rencontrer l’autre pour se rencontrer : lecture dialectique.

3* Puis Marie-Josée nous montre comment CH.Pépin sait se rendre proche de son public grâce aux exemples qu’il insère dans ses commentaires. Dans la littérature, il convoque Anna Karénine qui rencontre dans une gare le Prince Vronski, et son coeur s’embale. Puis c’est Phèdre et Hippolyte ; Christian Bobin envers Pierre Soulages ; ces rencontres vont laisser des traces dans la vie des différents protagonistes.

Dans le choc de la rencontre, mes certitudes vacillent, mes convictions s’émoussent, mon identité peut bouger, ma carapace se fissure, je deviens fragile. C’est ce risque de changer qui retient parfois le désir de rencontre. La vraie rencontre suppose qu’on adhère au changement…

Ce que ressent Nicole : Ce petit livre est lui aussi une rencontre qui peut nous modifier parce que le livre c’est l’homme, c’est son style, ses intentions, sa respiration, tout son moi qui se présente, se met au jour : n’en est-il pas de même pour le lecteur ? Notre poursuite pour nous nourrir, dévorer les idées, les images, les traits d’humour de l’autre, celui qui se livre en écrivant… ?

Merci à Marie-Josée de nous avoir fait découvrir quelques chemins qui nous conduisent à nous-mêmes et aux autres. Marielle, très intéressée, remarque qu’elle retrouve dans l’analyse de CH. Pépin les trois sources de l’amour platonitien, Eros, Agapè et Philae. Toutefois, à travers les exemples l’écrivain s’efforce d’affiner ces grands concepts.

Les vacances lui ont permis de lire « Miséricordia » de Lidia Jorge, écrivaine portugaise. Notre amie Aurore nous en a parlé récemment, mais il est intéressant de faire des reprises, de nouvelles interprétations. Elle nous rappelle d’abord que Lidia a 77 ans, qu’elle a vécu la révolution des Œillets, en 1974 ; elle a surtout vécu de près la décolonisation portugaise en Angola et au Mozambique où elle vivait avec son mari, militaire à cette époque. Elle écrit : « Rivages des murmures 1988 » ; son premier roman : « Le vent qui souffle dans les grues » fut un événement en 1972 à l’époque, les changements de société avaient entraîné de nouvelles sources de création.

La mère de Lidia fait son roman, elle aussi, alors qu’elle entre en maison de retraite « Hôtel Paradis », elle enregistre ses remarques et son humour lors de ses observations des lieux et des personnes dépendantes. Le style est original, tout en distance pour éviter le pathos de la situation et des dépendances. Son énergie est étonnante et l’écrivaine rend hommage à sa mère. C’est un roman de la fin de vie, mais pas de la tristesse, seul le titre peut produire une crainte pour le lecteur.

Plutôt que de redire les mêmes idées, notre amie lit plusieurs passages qui permettent aux auditeurs de notre groupe de saisir l’originalité du style et l’acidité des remarques de la vieille dame qui a toute sa tête ! Le « sergent » est un personnage haut en couleurs que nous n’oublierons pas.

 

C’est Evelyne qui prend la parole ensuite, pour présenter un livre sur une petite musique ; Evelyne est passionnée, dit-elle, par ces livres qui transmettent des aventures lourdes en souffrances, mais éclairés par l’Art, tels que : « Des lendemains qui chantent » de Alexia Stresi 2023. L’écrivaine a vécu dans une famille de musiciens, elle a une licence d’Allemand et cela lui permet d’aller à Prague pour étudier la musicologie. ( Cela rappelle un grand roman « Boussole » de Mathias Enard, prix Goncourt 2015.)

Le roman se passe en Italie, un enfant naît dans des circonstances tragiques, sa mère meurt d’une hémorragie. Nous sommes à Naples en 1912, Elio Leone est confié à un centre d’Accueil dans lequel il sera rapidement initié à la musique. Puis il est envoyé dans un centre de l’Ile de Zanotta , et il fait partie d’une chorale d’enfants. Puis il part vers Paris, et, de rencontre en rencontre, il est remarqué par un professeur de chant qui va le protéger et le faire travailler pendant des années, nous raconte Evelyne. Il atteint une voix cristalline remarquable et remarquée. Sa carrière est lancée : Evelyne nous dit qu’elle écoutait les musiques des Opéras cités, en lisant la carrière de ce grand Ténor.

Puis la guerre de 1939 est déclarée, il part et va connaître les combats, l’enfer des camps de prisonniers, il ne rentre que 5 ans plus tard. Il peine alors à retrouver son équilibre, il vit dans une errance où il manque de perdre pied. Mais le roman est une reconstruction pour un deuxième souffle.

C’est un roman musical et l’autrice musicologue sait rendre l’univers de la musique : elle met en valeur la quête d’identité du chanteur, les mystères de la voix humaine, le travail dur et technique du chanteur lyrique. Le style de Alexia Stresa est direct et percutant. Elle décrit par « flach-backs » les détours entre passé et présent ; elle souligne le poids de l’enfance dans les décisions de l’adulte. Evelyne a vécu cette lecture avec plaisir, au rythme des opéras qu’elle appréciait en les écoutant, tout au long de la carrière du héros.

Elle nous informe qu’à Paris, une lecture du roman sera faite par l’auteur et Guillaume de Tonquedec, le 17 Avril 2024. Nous nous souvenons du roman musical qu’Evelyne nous avait fait connaître : « Ame Brisée » qui se passe au Japon, en 1938.

C’est Sylvie, enfin, qui souhaite parler d’un petit livre extrait d’une trilogie, écrite par un Japonais : Toshikazu Kawaguchi : « Tant que le café est encore chaud » !

Petit café de Tokio, le « Funiculi-Funicula », situé dans une ruelle, a la particularité d’être hanté par le fantôme d’une Dame en blanc, seule à sa table. C’est une légende urbaine qui peut faire voyager dans le passé. Mais ce voyage comporte des règles : il ne changera pas le présent et il ne dure que tant que le café est encore chaud. Quatre femmes se présentent, elles vont faire une expérience singulière : elles vont prendre conscience que le présent est plus important que le passé et ses regrets. Comme le café, il faut en savourer chaque gorgée. Chacun des cas présentés par ces personnes captive le lecteur. Il faut croire au merveilleux, dit Sylvie, car il se produit une sorte de magie, qui sous-entend que le passé peut intervenir sur le présent et le modifier en conséquence.
Un succès planétaire a salué cette trilogie, peut-être pour la morale de l’histoire :< nous sommes le pur produit de notre passé, le présent est à construire en le sachant…>

Sylvie lit plusieurs passages qui nous ravissent… Merci à Sylvie et à Nicole C. qui ajoute quelques mots d’approbation. Elle a peut-être une vue plus réaliste sur ce roman. Elle pense surtout à la tornade qui assaille la Réunion, à cette heure mettant en danger sa famille…

Le thé est bienvenu après cette longue attention à ces ouvrage présentés avec soin, pertinence, et je souligne l’effort de nos amies qui rédigent leur présentation puis souvent s’affranchissent de leurs notes pour suivre plus librement leur public. Bravo à toutes.

Nicole a dit que ses lectures à venir comportaient « L’art de perdre » de Alice Zeniter, et « L’art de la joie » de Goliarda Sapienza, deux romans historiques qui traversent les événements du 20ème siècle. Le second fait grand bruit chez les critiques.

Le prochain Café littéraire aura lieu le lundi 29 janvier 2024, à 14heures.