Café littéraire du 19/01/2026 📜📚

Notre café littéraire reprend sa vitesse de croisière. Bravo. Sylvie est revenue. Elle congratule Marcel enfin près de nous avec son rire et sa douceur. Louis a dû s’absenter pour des raisons personnelles, Ida est souffrante, Aurore consulte et bien sûr vous nous manquez ; de même que Nadine et Marie Christine, Régine, Marie Thé. La grippe sévit encore, nous pensons à vous. Nous entourons nos deux animateurs, Marielle, Maryse, Nicole C., jean, Monique M., Marie-josé, Noëlle, Evelyne, Isabelle, Fabienne, Nicole S., Marie-Odile, Monique S., Gérard, Marie.

 Sylvie prend l’animation : Elle se tourne vers tout le groupe pour leur offrir ses vœux avec un diction africain, puis elle demande à Isabelle de parler du film vu récemment à l’Utopia. : « Agent secret » un film, 2025, brésilien, écrit et réalisé par Kléber Mendonça Filhio. Au premier regard, c’est un thriller « néo-noir » politique, il se passe en 1970 dans la ville de Recife. Des persécutions, des exécutions de personnes gênantes pour le régime, alors que la ville est en plein carnaval. Au second regard, on perçoit des allusions aux films de cette époque, qui peuvent étonner mais qui marquent des intentions politiques, expliquant peut-être des scènes sanglantes et presque grotesques.   Ce film a recueilli des prix nombreux à Cannes et aux Golden globes. Wagner Moura a été très remarqué.

Un échange a été bien mené par Isabelle mettant en valeur les niveaux d’intérêt de ce film, son humour noir, sa volonté de déconstruction de l’intrigue pour atteindre une sorte de délire irrationnel. Monique S. ajoute qu’une vieille femme apparait comme importante, elle recueille les opposants et cite les étapes successives de la perte de liberté de pensée, les fantasmagories et les dérives atroces. On comprend pourquoi la violence des images pouvait gêner les personnes sensibles. Merci pour ce moment très riche.

Puis elle nous présente Maryse Burgos, reporter française, qui a écrit « Loin de chez moi » 2024 ; un beau livre autobiographique qui montre la plupart des pays en danger depuis 2000, cad 24 ans de prises de risques dans les pays dangereux pour un reporter et qui plus est une femme. Elle exprime son étonnement d’être née dans une famille de cultivateurs peu prédisposée à sillonner le monde dangereux, mais les bretons aiment les découvertes. Elle a couvert les plus grands conflits de notre époque. C’est la femme qui intéresse Isabelle : comment a -t-elle pu conduire ses expériences, revenir chez elle pour la vie quotidienne, avoir deux enfants très aimés, et dire : « que le travail est sa colonne vertébrale ». Alors Isabelle examine sa façon de travailler, Maryse est calme et semble oublier son moi pour donner la parole aux autres, sa collègue dans un moment grave d’explosion dans le Donbass, une mère comme elle-même. Elle pose des questions à ses enfants devenus adolescents, elle demande : « Vous êtes inquiets quand je pars en Ukraine ? » Non ils n’ont pas peur, c’est comme cela depuis toujours, et comme je reviens toujours, c’est un non-sujet. ». Le téléphone fonctionne, elle répond toujours quand l’un d’eux appelle, où qu’elle soit ; par exemple quand il demande comment faire cuire du riz, dans un moment névralgique. Elle reconnait que c’est une victoire pour elle de ne jamais transmettre de stress à ses enfants quand elle part dans une zone de guerre.

Correspondante de guerre de France Télévisions à Londres, puis à Washington, pour concilier ses aspirations familiales et professionnelles, montre que même au cœur des catastrophes les plus dures comme le Tsunami en Thaïlande ( une famille française a perdu trois enfants, le 3 janvier 2005) Maryse va prendre des nouvelles auprès de la Maman. Elle partage leurs larmes et suit le devenir de ces parents qui repartent avec un petit cercueil dans l’avion et la seule fille qui leur reste. « Je n’ai jamais arrêté de penser à eux, dit-elle. » Cette empathie est sa marque relationnelle. Toutefois elle est amenée à rechercher des situations moins lourdes que cette tragédie qui a endeuillé tant de famille et de pays.  Mais, l’Indonésie, elle aussi a été touchée, au même moment ; il faut informer sur les drames qui troublent l’ordre du monde. « C’est le propre du Journal télévisé ». C’est le débat de cette femme avec elle-même qui passionne Isabelle. Et Maryse continue son « Job » de soutien aux populations qui manquent de tout. Et ce faisant, elle montre aussi que tout se reconstruit grâce à l’espoir et au courage.

Merci Isabelle, c’est un beau témoignage sur un métier de femme et de mère. Des échanges ont lieu dans le groupe et Isabelle relit un passage du récit sur Gaza, 7 avril 2024, l’enlèvement de Batsheva et ses enfants, la disparition de son mari et de son fils. Chacun de nous mesure la dangerosité et sa force d’espoir pour continuer à se battre pour les autres.

C’est Fabienne maintenant qui nous propose la lecture d’un roman de Renaud de Chaumaray, « Quitter la vallée », 3ème roman de cet écrivain, né en 1982, il partage son temps entre l’écriture, sa famille et son activité de conseil en « Ecoconstruction. Il publie chez Gallimard. « Quitter la vallée » 2025)

Ce roman paru à la dernière rentrée littéraire est le deuxième d’un jeune auteur né en 1982 dans le Pays Basque. Il a été aide-soignant avant de travailler dans le bâtiment et l’écoconstruction. Ses premiers textes ont été publiés dans des revues littéraires et un recueil de poésie est paru en 2019. Son premier roman « Mille hivers » est publié en 2023 (édit : Le mot et le reste).

Dans ce deuxième ouvrage, l’auteur entrecroise 3 récits de vie se déroulant dans la vallée de la Vézère, Périgord. La géographie, les paysages et l’histoire de cette région sont très importants dans le récit, comme un personnage à part entière.

Nous croisons d’abord Clémence venue se réfugier avec son fils de 6 ans Tom, dans une petite maison très isolée au confort spartiate pour fuir la violence de son mari.

Puis Fabien, qui a toujours vécu là, travaille pour la grotte Lascaux II et se passionne depuis toujours pour la préhistoire, rêvant de découvrir une nouvelle grotte aux parois recouvertes de peintures rupestres. Pour cela il parcourt inlassablement la campagne, parfois avec sa fille étudiante en médecine à Toulouse.

Enfin, Guilhem fermier taiseux et complexé, coincé dans une vie qu’il n’a pas choisie, vivant seul avec sa mère qui s’enfonce doucement dans la paranoïa depuis que son mari les a quittés. Un jour d’été il encontre Marion, une jeune touriste libre et insouciante qui le charme, il tombe fou amoureux d’elle et plus rien ne sera jamais comme avant…

Dans ce roman à la construction très subtile, chaque chapitre concernant un des trois duos succède à l’autre. L’on quitte chaque fois les protagonistes dans un moment de tension, et l’intrigue avance peu à peu avec des fils et des correspondances qui se nouent très subtilement jusqu’au dénouement. A la fin du roman, nous comprenons comment tous ces personnages sont liés grâce à un tour de passe-passe littéraire surprenant et très original.

Le style est assez recherché sans fioriture ni coquetterie, les descriptions de la région qui tient une place centrale, sont très poétiques, voire sensuelles. Chaque dyade a son style propre car les personnages viennent de milieux très différents.

<J’ai été charmée par ce roman très original, prenant, aux personnages attachants et bien écrit qui se lit rapidement et se déguste comme une délicieuse pâtisserie…> !

Merci Fabienne pour ce choix de livre. Le thème lié à la préhistoire est passionnant, nos lecteurs réagissent : ils connaissent la magie des lieux préhistoriques ! et particulièrement la vallée de la Vézère. Un autre mystère est contenu dans le titre qui mobilise Marielle et Marie-Odile.

Evelyne reprend la suite des présentations, avec un beau roman de Eric Chacour : « Ce que je sais de toi »2023, chez Ph. Rey.

Cet écrivain est né à Montréal en 1983, de parents égyptiens, il est diplômé en économie et relations internationales. Il a beaucoup voyagé entre la France et le Canada et fait sa carrière dans le domaine financier.

Dans son premier roman, le personnage principal, Tarek est né au Caire, en 1960 ; il grandit dans la tradition bourgeoise d’une famille levantine au Caire. Il suit un destin tout tracé en devenant médecin comme son père. Il mène une vie bien équilibrée avec une charmante épouse, et une mère quelque peu autoritaire, une sœur de bon conseil, une domestique : ainsi il semble épanoui.

Et pourtant l’existence de Tarek « déraille », alors qu’il avait ouvert un dispensaire dans le quartier le plus pauvre de la ville, se présente comme assistant un jeune prostitué dont il soignait la mère. De cette relation va naître une passion interdite socialement et inacceptable sur le plan religieux. Dans cette ambiance où le rigorisme religieux est à son apogée, la présence d’Ali à ses côtés va déranger. Il perçoit d’abord des malveillances, des non-dits, puis le drame, l’abandon qui le conduit à l’exil.

Evelyne perçoit plusieurs intérêts à ce roman : l’histoire se déroule dans deux pays très opposés, le Caire, avec le soleil d’Égypte, et le froid puissant hivernal de Montréal. Certes il n’y a pas de jugement dans ce roman, on décrit un cas d’homosexualité, mais c’est une histoire d’amour interdit, décrite avec pudeur.  Les mots sont empreints de tendresse, de délicatesse. Tarek exprime la nostalgie du passé, de cette jeunesse vécue dans le secret, dans les non-dits, il y a plus de 30 ans. Cet homme est encore déchiré par la complexité de ses sentiments en conflit avec les valeurs traditionnelles. Cela émeut Evelyne.

La composition est intéressante, Les 2/3 du roman sont centrés sur TOI ; puis le tiers des pages est consacré à Moi, et juste 10 pages sur Nous !

« J’ai adoré ce livre » dit Evelyne, <Une histoire de vie masculine » dominée par les deux femmes de sa vie. Se rendent-elles compte qu’il va en souffrir longtemps ? Il souhaite échapper au poids familial et social, mais il est enfermé dans ses contradictions qu’il ne peut exprimer. A 60 ans environ, il se rend compte qu’il n’a pas vraiment trouvé l’épanouissement. Cela pourrait le rendre fou.

Beaucoup de réactions s’expriment dans le groupe. Nous sommes à une époque où les chaînes ont été secouées, la société en est relativement chancelante. Mee-Too a déjà fait prendre conscience de certains changements.  Ce roman a été primé, plusieurs fois. Phillipe Rey éditeur est souvent gagnant.

C’est Marcel qui présente ses lectures, il dit quelques mots des livres déjà présentés qui l’ont passionné pendant son absence : « l’Italien », « La nuit du cœur ». Puis il se lance dans un propos sur un écrivain d’autrefois qu’il n’oublie pas et dont il possède de nombreux romans préservés dans sa bibliothèque personnelle.

Il nous parle d’un aventurier, un Britannique Archie Belaney (1899 – 1938) qui a vécu le plus souvent sous des noms indiens, Grey Owl, ou Wa Sha Quon Asin. Il est connu pour sa vie auprès des Castors, qui vivaient dans sa hutte au Canada, en pleine forêt. Il en fait le récit dans « Un homme et des bêtes » puis ; « Récits de la Cabane abandonnée ». Il se marie avec Anahareo en 1925 à 37 ans,  elle est  Iroquoise de 17 ans, de la tribu des Mohawks. Sous l’influence de sa compagne, il se met à réfléchir à la préservation de la nature. Elle représente « les peuples des origines » qui ne font pas commerce de fourrures, mais vivent prudemment sur la forêt, pour la protéger.

Durant la première guerre mondiale, Archie Belaney s’enrôle dans l’armée canadienne Mai 1915, Blessé deux fois, il joue encore de son origine, amérindienne ou britannique ; Il se marie une deuxième fois, sur quatre !, mais cela ne dure pas, il est rapatrié au Canada en 1917, avec une pension d’invalidité. Il reprend alors son action vouée à la nature et aux Castors ; tourne même un film sur sa relation avec les castors. Il vit heureux avec Anahareo et aura une fille Shirley en 1932.

En 1937-38, il fait une série de Conférences pour la promotion de ses livres et la défense de ses idées sur la nature. Il présente son livre « (Pilgrims of the Wild) en habit traditionnel Ojibwé. Le livre s’est très bien vendu, lors d’une tournée en Angleterre, il fut présenté à la famille royale. Six ouvrages sur le « Wild » mis en vente en 1931, le consacrent comme un penseur naturaliste. Sa vie aventureuse le fit connaître et il eut droit à une reconnaissance posthume dans le monde anglo-saxon, sous le nom de Grey Owl (la chouette cendrée). Sa fille et Anahareo publièrent également : « Wilderness man : Grey Owl, l’homme qui voulait être indien. » parmi d’autres mémoires.

Un film lui fut consacré par R. Attenborough en 1999, sous le titre « Grey Owl », cela destina Richard à devenir naturaliste. Une ascendance lui est reconnue, dit Jean, parmi les échanges, celle de Henry David Thoreau (1817-1862) dont on a longuement reparlé pendant les années Covid, un philosophe naturaliste et poète américain ; Il avait créé Concord, une sorte de Phalanstère, un milieu de vie, de communauté : « Walden ou la vie dans les bois » 1854. Jules Verne (1828-1905) à Amiens, découvre le monde sur le plan scientifique au XIXème siècle. Plus tard, Jack London, 1876-1916, écrivain américain, commence une carrière dans la même veine, puis se tourne vers l’aventure, la découverte du territoire américain. Merci Marcel pour ce long témoignage plein de sensibilité envers ce grand « créole », de la même époque que Buffalo Bill qui vint en France pour présenter le monde indien. Voilà retrouvés nos souvenirs de jeunesse !

Nos amies Marie-Odile et Sylvie, ont souhaité revenir sur Laurent Mauvignier pour faire paraître une réflexion « critique. » sur le roman.

  • Sylvie situe les thèmes de ce livre complexe, La Maison vide. Pour rafraîchir les idées.

« Laurent Mauvignier dévoilé » : Construire un roman ? cela suppose que

  • Le silence devienne paroles ;
  • Les murs deviennent maison,
  • Il recherche beaucoup de souvenirs, des suggestions ou même des rêves éveillés.
  •  Il parle de nous profondément, des vides qui nous hantent ;
  •  Il dépasse sa trame, avec une langue proustienne,
  •  Et le 1er Aout 1914, les hommes s’en vont et laissent leurs activités… lecture.

Comment faire ?

C’est Marie-Odile qui intervient après le résumé thématique de la Maison vide par Sylvie, roman présenté par Isabelle, il y a quelque temps.

< Après avoir lu ce livre que j’ai beaucoup aimé, j’ai éprouvé le besoin de reprendre sa lecture, avec une approche un peu « archéologique »… Monsieur Mauvignier me l’a soufflé à l’oreille. Ainsi, les grottes préhistoriques, lieux fréquentés par des hommes puis tombés dans l’oubli, nous envoient des messages par leurs peintures : on en apprend beaucoup malgré des zones d’ombre. C’est, je pense, le genre d’investigation entrepris par l’auteur de « La maison vide ». Il écrit page 743, « La maison n’est pas déserte, la plupart des meubles sont là ».

Vide de tout être vivant, mais portant les traces de ceux qui l’ont habitée. Et ensuite, page 741 : « Peut-être fallait-il qu’il soit mort lui aussi (son grand père André), que tous soient plus ou moins partis pour que mon père et sa sœur, un dimanche de printemps de 1976, nous embarquent tous dans leur maison d’enfance, la maison de famille… Les enfants ont d’abord l’appréhension des « fantômes »… pour y entrer. Et pourtant nous finissons par découvrir l’intérieur poussiéreux mais intact… la peur est balayée, l’émerveillement s’impose ; on reste ébloui, on s’imagine découvrant Lascaux… Laurent Mauvignier, à 9 ans, en archéologue en herbe, découvre : – la chambre du cerisier, – une commode, – un piano à queue noir et des photos… Voilà, les mots de son père qui fait visiter la maison (p 12), … la chambre du cerisier, qu’on appelle la chambre du cerisier depuis toujours, en sachant que ce toujours a commencé bien avant moi et avant mon père, qui lui aussi l’appelait « chambre du cerisier » depuis toujours nous a-t-il affirmé, sorte de vérité antédiluvienne… comme si, dans son esprit, chambre et cerisier étaient liés depuis l’éternité ». Les photos surtout, et même les objets, vont révéler un vide assourdissant : l’absence d’un membre de la famille, Marguerite. Ainsi, les anciens égyptiens vouaient à la mort éternelle en détruisant toute trace.

 Le préambule du livre, parmi les éléments biographiques, mentionne un certain François Proust, page 27 «Ce vieil ancêtre François, mort à vingt-deux ans sur un champ de bataille et à qui l’empereur Napoléon III, lui-même, aurait dit son admiration pour un fait d’armes dont plus personne ne sait ce qu’il avait pu être… son cadavre, ou plutôt son épouse, avait hérité des titres de propriété des nobles émigrés du coin… ceux-ci étant suffisamment nombreux pour que, un siècle plus tard, monsieur Firmin Proust puisse encore en être reconnaissant à l’Empereur… on n’avait plus jamais eu à travailler la terre, mais seulement à organiser sa prospérité bourgeoise… Les Proust « paysans » sont alors devenus des propriétaires « embourgeoisés » certes, mais restés assez rustiques…  (voir : Proust : origine du nom ? Prévost/ sage, digne.)

De cette biographie, l’auteur est absent : il est un gamin. On pourrait dire, « récit à hauteur d’enfant » : alors, sa famille n’a plus la prospérité d’antan : son père taiseux, ouvrier puis éboueur… (et suicidé), sa mère, femme de ménage… Par ce récit, il cherche peut-être un début de compréhension de sa propre histoire… L’auteur tente de « ressusciter, de réincarner » ses ancêtres sur un siècle et demi en nous entraînant dans une saga qu’il réinvente au plus juste des émotions, des faits. Ce sont les vies fantasmées des familles, Proust, Chichery, Douet, et comme dans le cas de Chauvet, on peut affirmer certaines choses : les hommes de la grotte ont vu des lions bien réels ; dans la Maison vide, les événements décrits sont étayés ou plausibles.

L’auteur se place en « observateur de la scène ». Il retrace les dialogues, les lieux : Un exemple, page 198. Marie Ernestine, la « pianiste », vient de rater son suicide, perpétré avec une paire de ciseaux. Ceci, après l’annonce, faite par son père, de son futur mariage, avec Jules. Son père décide cette union « pour l’intérêt de la famille ». Elle ne le connaît pas, lui, ce jeune homme un peu gros… L’« ordre » est assorti de l’achat du fameux piano, le « Mammouth »… pour faire passer la « pilule » : Sa mère, qui vient tous les trois ou quatre jours en début d’après-midi, s’attarde quelques heures, assise le plus souvent sans rien dire, interrompant le silence juste pour vérifier qu’on peut encore y faire résonner quelques mots tièdes et incolores… Tu nous as fait tellement peur, Elle le dit Tellement peur, Le répète… et … personne ne lui parlera jamais plus de son accident car elle dit « Ton accident » Comme si c’était une maladresse ou par un hasard malheureux que la lame des ciseaux l’ait entaillée si profondément – mais non n’en parlons pas, à quoi bon s’attarder… on ne va pas y passer 107 ans… tu ne veux pas rester vieille fille, ma chérie ? Elle dit Vieille fille, Redit Vieille fille » En laissant résonner l’espace vide qui s’étend pour faire entendre qu’il n’y a pas d’autre solution que le mariage… C’est presque du théâtre ! Chaque scène est rythmée par les stances de dictons : Mariage pluvieux, mariage heureux Fille de, fille de…. Petite salope, petite salope… Le texte est écrit parfois au présent, parfois au conditionnel si l’auteur s’accorde une nécessaire liberté, faute de sources…. Les femmes sont des victimes moyenâgeuses, mais soucieuses de leur statut social … Sauf…Marguerite ! face à des hommes qui ne savent ni parler, ni écouter, ni voir… mais comptent, manipulent, font plier les autres à leur bon vouloir. Paradoxalement, des hommes de cette famille deviennent des héros une fois disparus : Jules mort sur l’Argonne, son cerisier, sa légion d’honneur introuvable et sa statue sur le monument au morts… Quelques hommes « de la ville » falots, minables… ont un rôle notoire dans l’histoire…

Le suicide du père de l’auteur est-il une façon de « mourir à la guerre », lui qui a fait celle d’Algérie ? Trop de douleurs accumulées et tues ? Comment et où s’est-il tué ? L’auteur qui avait alors 16 ans n’en dit rien. L’écrivain donne une voix à ceux qui n’en ont plus. Honnête, modeste, parfois même un peu gamin : la Bassée est le nom qu’il retrouve pour situer le lieu (« les voisins avaient un chien basset ») … et puis, il y en a d’autres « La Bassée » en France… peut être éviter de citer Descartes… Il a une formidable empathie ; il se met dans la peau où dans la tête de tous ses personnages, sans les juger- simplement dire… Les derniers mots du livre : Piano, piano, piano… jolie trille !

 Bravo ! Merci à Marie-Odile de produire un espace critique. C’est une lecture de près, avec des lunettes compétentes ou un microscope. Cela donne une autre dimension à la lecture.

Chers amis, merci pour ces lectures profondes, mêlées d’appareils critiques et/ou d’émotions personnelles.

Nous avions bien gagné un thé délicieux et quelques douceurs.

Nous nous retrouvons le 2 Février, avec des crêpes traditionnelles. 14 heures à l’Ermitage. Des sorties d’ici-là sont à retrouver sur le calendrier de « Passerellesasso33.fr ».

A bientôt d’autres découvertes. Amitiés. Nicole.

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