Café littéraire du 17/11/2025 📜📚

Nous avons le plaisir de nous retrouver avec de nouvelles idées, des livres primés ou pas, qui seront présentés pour notre grand plaisir. Nicole et Sylvie entrent dans une salle déjà pleine de nos amis lecteurs et lectrices. Louis les a accueillis et je salue avec plaisir Gérard P. et Monique qui souhaitent s’informer sur notre façon de vivre le Café littéraire et adhérer à Passerelles. Nous retrouvons : Marielle, Gérard et Monique, Louis, Jean, Marie-José, Monique, Régine, Evelyne, Noëlle, Nicole, Sylvie, Aurore, Marie-Odile, Isabelle, Marie Thérèse, Annick, Ida. Plusieurs de nos adhérentes ont prévenu de leur absence, nous les remercions vivement et les accompagnons amicalement dans leurs obligations.

Sylvie, notre animatrice, donne la parole à Louis qui souhaite reparler des activités passées. Le film programmé par Isabelle : « Les deux pianos » avec deux grandes stars, n’a pas convaincu nos participants à la sortie. Isabelle nous donne rendez-vous pour le 7 décembre à l’Utopia, 16 heures pour voir un policier avec Léa Drucker. Elle regrette que la programmation ne soit pas aussi riche que l’année dernière. Louis reparle de L’Etranger filmé par F. Ozon qui nous a plu pour sa fidélité au roman de Albert Camus, en noir et blanc. Puis il fait le programme de la réunion en répartissant les présentations.

Il donne la parole à Isabelle qui présente rapidement, dit-elle, « Kolkhoze » de Emmanuel Carrère, fils de Mme Hélène Carrère d’Encausse, de l’Académie Française depuis 1991, décédée en Août 2023. Femme brillante d’origine russe, historienne et spécialiste de l’Empire Soviétique. L’écrivain, Emmanuel Carrère parle de sa famille, sa fratrie, sa façon de vivre la filiation avec cette femme qui naît dans un milieu d’émigrés russes en 1929, dans un petit logis de la région parisienne, d’un père géorgien et d’une mère fille de barons baltes désargentés. Plusieurs livres de son fils aîné abordent cette filiation et le parcours étonnant de cette femme : « Un roman russe »2007. Il y dévoile des secrets concernant le père de l’académicienne, Georges Zourabichvili, en 1939, à Bordeaux.

C’est après le chapitre 14 que s’explique « faire Kolkhoze » : lorsque le père des enfants est absent, ceux-ci viennent coucher dans le lit de leur mère, et ils dorment ensemble. Intimité protectrice qui n’efface pas les difficultés dans cette famille où l’ autorité morale et politique de cette femme éminente s’efface peu à peu dans les dernières années de sa vie. Elle habitait à Paris, sur le quai Conti, dans un prestigieux appartement.

Vous trouverez sur l’application « Cairn », cahiers d’histoire, un long article sur les œuvres de l’Académicienne écrit par Georges Nivat paru en 2024, passionnant !

Merci à Isabelle de nous parler de sa déception à la lecture de ce livre tellement encensé.

Louis garde la parole pour présenter : « Jacaranda » de Gaël Faye connu pour ses talents de Rappeur, poète, musicien. Il est né en 1982 à Burumbura au Burundi, où sa famille se cachait au moment des conflits, d’une mère Rwandaise et d’un père français venu en Afrique à vélo ! En 1995 il arrive en France, rejoint sa mère à Versailles ; il fait des études de commerce et obtient un master de finance ; il travaille à Londres deux ans. Il écrit et chante du Rap depuis son adolescence, il est influencé par les littératures créoles, la culture hip-hop. Son père est resté au Burundi.

En 2016, il écrit un petit livre « Petit Pays » qui fait choc dans le public, il est couronné par de nombreux prix, Goncourt des Lycéens, Renaudot 2024, Prix audiolib.

« Jacaranda » paru en 2024 est une suite à « Petit Pays » semble-t-il ? Plusieurs lectrices ont lu des deux livres et les ont aimés. Louis a été frappé par plusieurs points :

Ce roman m’a paru intéressant à plusieurs titres. En premier, il permet de découvrir l’histoire récente au XXème siècle du Rwanda car les médias occidentaux ont surtout rapporté les évènements du génocide de 1994. On note en passant le rôle délétère du colonisateur belge, celui peu glorieux de la France (qui soutenait le gouvernement Hutu), celui très négatif à quelques exceptions de l’Eglise catholique très implantée. Et bien sûr, on relève l’inutilité absolue de l’ONU qui n’a pas protégé les Tutsis. 

Ensuite, il éclaire de manière assez précise le processus de mémoire et de reconstruction dans cette société très complexe, en mêlant l’histoire de Milan et celle du pays sans trop alourdir les aspects historiques. Le récit montre bien les situations très difficiles auxquelles Milan doit faire face, il cherche parfois à s’en échapper par une consommation excessive d’alcool. La quête identitaire est essentielle dans ce récit. L’identité est un élément qui constitue chacun de nous profondément, mais il ne faut pas qu’elle débouche sur le rejet de l’autre et sur le racisme. Gaël y revient sans cesse avec insistance, faute d’avoir pu en parler avec sa mère, et on retrouve sous sa plume l’inévitable « Il faut savoir d’où l’on vient pour savoir qui on est ». L’homme a besoin de racines, de repères, de mémoire.

Le roman nous saisit par le déroulement des évènements évoqués, par l’énormité des traumatismes vécus, et en même temps par le courage et la volonté de vivre de ces femmes courageuses. Un très bon roman qu’il ne faut pas opposer ni comparer à Petit Pays, et qu’il faut lire.

L’histoire

C’est un témoignage, largement autobiographique même si l’auteur reconnait des éléments de fiction ; il explore les profonds traumatismes laissés par le génocide des Tutsis ( en 3 mois, près d’un million de morts) au travers du regard et de l’histoire du personnage principal, Milan. Le narrateur est Gaël Faye en fait :  le récit est fait à la première personne du singulier. Milan est un métis franco-rwandais qui grandit à Versailles où il arrive chez sa mère à 12 ans. Il entend parler du génocide, il essaie de la questionner (elle est d’origine Tutsie) mais elle ne veut rien dire, elle restera fermée jusqu’au bout du récit. Ce récit débute à l’arrivée de Claude dans l’appartement familial, dans la chambre de Milan vue par son regard d’enfant : il observe le personnage de Claude, un peu plus jeune que lui, raide, mutique, un pansement sur la tête, et, une relation fusionnelle s’installe entre eux. La famille de Claude a été tuée au Rwanda, Claude lui-même a été blessé à la tête, et il a été recueilli par les parents de Milan. Lectures p. 11 et p. 27

Milan part à 17 ans au Rwanda pour découvrir ce pays et tenter de comprendre comment un tel déchainement de violence a pu s’y dérouler. Au travers des situations très difficiles auxquelles il doit faire face, il découvre ce qui reste de sa famille, la sœur aînée de sa mère, Eusébie et sa fille Stella, sa grand-mère, l’arrière-grand-mère Rosalie qui a vécu des choses terribles elle aussi ; il se crée un cercle d’amis avec en particulier Sartre, un probable<érudit> passionné de livres (d’où ce nom). Petit à petit lui apparaît l’histoire tragique de sa famille et des populations Tutsies lors du génocide.  Il découvre aussi un processus de réconciliation avec les tribunaux populaires les Gacaca, parfois dans des épisodes très durs où sont fusillés des assassins hutus. Ce processus est loin d’être achevé.

Ce roman est une quête identitaire pour Milan, et il réalise aussi un travail de mémoire afin de donner aux générations qui ont suivi ce génocide, comme Stella, le moyen de savoir ce qu’il s’est passé, de s’approprier l’histoire de leur pays et de leurs familles. 

Les personnages : Le personnage principal est bien sûr Milan, le narrateur. Il cherche à combler sa quête de vérité sur le Rwanda et sur sa famille. Avide de comprendre, il subit des chocs émotionnels intenses au fil d’un récit douloureux. Claude ensuite : définitivement traumatisé, qui entretient avec Milan une relation de grande proximité mais parfois difficile. Il retourne au Rwanda au bout de trois mois, où il essaie de se construire, au besoin sous une fausse identité, au milieu du cercle des amis de Milan. Dans ce cercle il y a Sartre, passionné par les livres laissés par des colons français évacués précipitamment. Eusébie : tante de Milan, elle aussi cruellement blessée et survivante du génocide, elle se reconstruit à coûts de formations, de travail acharné, mais aussi de périodes où rien ne va émotionnellement.   Stella : Fille d’Eusébie. Son premier sourire bébé sera pour Milan qui s’attache beaucoup à elle et inversement.  Elle aimait se réfugier en haut de son arbre, le Jacaranda qui se trouve dans la cour de la maison familiale. Elle ressent le traumatisme du génocide, et sera en plus traumatisée par la disparition de son arbre, qui constituait pour elle tout un refuge, un univers et un lien unique avec son pays[10]. Le titre «Jacaranda» fait référence à un arbre tropical au feuillage et aux fleurs violettes, symbole de mémoire, de transmission familiale et d’’enracinement.

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Enfin, nous vivons dans un monde submergé d’images. Et certaines sont très importantes, provoquant des chocs et des prises de conscience porteuses d’opinions.

 On perçoit le talent de Gaël Faye dans ce texte où les mots sont plus forts que les images : nous avons tous vu des images d’une extrême violence, insoutenables, mais elles sont fugitives, brèves. L’immersion dans son texte nous place au contraire dans la durée des horreurs qui ont eu lieu, dans la tête de ceux qui les commettent, et dans la douleur de ceux qui les subissent. C’est ce qui le rend très fort. Cela vient peut-être du Rap. Nicole ose intervenir pour dire qu’elle a perçu en lisant Jacaranda comme un cri de détresse qui émeut le lecteur, et Milan n’a pourtant pas vécu physiquement les pogroms.

Par contraste, le récit est « non violent » ; le roman cherche à faire avancer le travail de mémoire pour que la réconciliation puisse se faire ! Il n’incite pas à la haine et à la vengeance, bien au contraire, cherchant la compréhension des évènements et des gens pour aller vers cette réconciliation, dans un pays magnifique qu’il décrit souvent de manière assez poétique. Gaël Faye s’est d’ailleurs installé à Kigali où il œuvre à la réconciliation.

Le roman nous saisit par le déroulement des évènements évoqués, par l’énormité des traumatismes vécus, et en même temps par le courage et la volonté de vivre des femmes. Un très bon roman qu’il ne faut pas opposer ni comparer à Petit Pays, et qu’il faut lire.

Je ne peux pas m’empêcher de faire le parallèle avec le livre que nous a présenté Marie-Odile récemment : « Little Rock 1957 » où on voit l’affrontement violent des Blancs ségrégationnistes et des Noirs qui scolarisent leurs enfants dans le lycée jusqu’ici réservé aux Blancs. 

Notons enfin que l’actualité brûlante au Soudan risque de nous mener à la même situation qu’au Rwanda en 1994, et le monde regarde ailleurs…

Louis donne la parole à Marie-Odile qui a envoyé ses notes sur un livre très particulier : « Le crépuscule des Hommes » de Alfred de Montesquieu. Il a reçu le Prix Albert Londres. :

Ce livre est un documentaire autant qu’un roman : tout y est exact et A. De Montesquiou nous projette en 1945-1946 au milieu des journalistes, photographes, des traducteurs, des juges… des prisonniers… lors de la tenue du procès de Nuremberg, premier tribunal international. Alfred de Montesquiou aurait sûrement voulu être présent. 47 ans, journaliste et reporter de guerre, prix Albert-Londres (pour le Darfour), le Moyen Orient, l’Afrique…

Nous sommes le 9 novembre 1945 en compagnie du photographe Ray d’Addario (photographe au Leica p 10), d’origine italienne, de nationalité américaine. Il est l’un des premiers à arriver à Nuremberg, ville détruite à 90 pour cent surtout par la RAF. À 8 jours de l’ouverture, le tribunal est en travaux, les ouvriers sont d’anciens de la Wehrmacht ou même de la SS… le mobilier est récupéré, en particulier du théâtre… (page 8-9-10)

La ville dévastée est divisée en 4 zones :* américaine (où est situé le tribunal), *britannique, *française et *soviétique. On fait petit à petit la connaissance des personnages et des lieux. Au début, on est un peu perdu, comme arrivant à une réception où il y a beaucoup d’invités … et cela explique le terme « défricher » ou « dompter » que j’avais employé. A la fin de l’ouvrage, la liste des personnes aide à retrouver qui est qui. Les juges, leurs adjoints, les avocats, les témoins… la documentation saisie (films du 3ème Reich)…

Les lieux : *le tribunal, la salle de presse, les téléphones (photo de couverture) – la prison attenante, le gymnase qui servira pour l’exécution. * le grand hôtel pour les dignitaires (les caves riches en vins et alcools, cadeaux de Pétain…) *Faber Castell (propriété du fabricant de crayons, Faber réquisitionnée) … où sont logés les journalistes connus ou non (atmosphère potache, *le Bar de David et ses cocktails… le Coca… et le jazz…

On partage le quotidien de tous, des « petites mains » aux célébrités : Margarete Borufka, Didier Lazard, Martha GelhornHeminway, Madeleine Jacob, Ernst Michel, J. Kessel… les amitiés, amours, inimitiés et rivalités … la lassitude et l’ennui (Victoria Ocampo, Elsa Triolet)… Quand il ne se passait rien, certains « inventaient »…

La présidence du tribunal est anglaise (Lord Lawrence) car la délégation américaine est majoritaire : discours d’ouverture du juge américain Jackson… Tribunal international qui juge les crimes contre la paix mondiale … p34 On apprend de multiples détails : Les photographes ont peu de lumière (la salle du tribunal est occultée par des rideaux opaques) et beaucoup de photos seront floues malgré les éclairages ajoutés qui obligent les accusés à porter des lunettes noires… La traduction simultanée (4 langues), les audiences filmées. Le laboratoire photo artisanal, l’apparition des photos couleur… la vente au black de photographies dans la boutique des souvenirs Les portraits photo des accusés, en particulier de Goring dans sa cellule… suivant les directives d’Andrus… (p35), le geôlier en chef qui supervise le quotidien des prisonniers (nourriture, santé physique et mentale p299… ) Les psys (Gilbert et Kelley) Les Snow flakes aux casques blancs… les jeeps…

Les points culminants sont retraduits : les films de la libération des camps, le témoignage de Marie-Claude Vaillant Couturier, les accusés qui plaident non coupable… Le début de la guerre froide avec le massacre de Katyn (p : 277) la destruction de la ville de Nuremberg … éléments qui posent un problème : des exactions des vainqueurs. … et aussi la non- rétroactivité de la loi. Le crime contre l’humanité n’étant pas encore inscrit dans la loi. La fin du livre est magistrale … avant et après l’exécution, ce que sont devenus les restes des condamnés… et les cordes des pendus … La ville du crépuscule des Dieux… donne le titre … La vie triomphe : Ray et Margarete se marient. Alfred de Montesquiou s’est beaucoup entretenu avec eux et leur fille… et a consulté beaucoup de photos.  

Marie-Odile nous dit de visionner le film sur ce procès retentissant à partir de 1945 : ce livre montre les dessous de la grande Histoire. Un peu comme s’il fallait mettre en place des outils, des décors, pour présenter le théâtre des horreurs. L’essentiel est de répondre à la question : « Etes-vous coupable ou Non ? » C’est court, essentiel, et, parfois biaisé. Les Russes demandaient une condamnation pour tous les justiciables, mais il y a des oublis, des silences coupables, des chantages ! Pourtant le fait de réaliser un procès est une avancée pour les droits de la victime et en général la transparence.

Merci à Marie-Odile de s’être emparée de ce document magistral, essentiel pour les juristes et la recherche de ka vérité.

Sylvie souhaite nous détendre après ces sujets douloureux ; elle nous parle d’une pièce de théâtre vue à l’Ermitage et aimée puissamment : c’est une prestation solo, une artiste qui transforme sa voix pour l’adapter aux personnages divers et aux accents particuliers des langues, l’Irlandais. « Ireland Stories ». Sylvie nous fait entendre un enregistrement qui nous étonne particulièrement sur cette prestation théâtrale.

 AN IRISH STORY : UNE HISTOIRE IRLANDAISE

KELLY RUISSEAU nous raconte l’enquête qu’elle a menée pour tenter de retrouver son grand-père, Peter O’Farrel, né dans les années 30 en Irlande du Sud, parti s’installer en Angleterre dans les années 50 et qui disparaît dans les années 70… En traversant les époques, les frontières géographiques et linguistiques, la comédienne polymorphe propose un voyage au cœur d’une famille, avec ses secrets et ses non-dits et livre une histoire si intime qu’elle en devient universelle. L’histoire de toute une famille marquée par l’exil.

Ainsi est écrite la présentation officielle de la pièce, ce que l’on lit sur le programme.

Mais, il y a la suite, ce que l’on attend avec un peu d’inquiétude et d’interrogation lorsque l’on a déplié son siège, lorsque installés, on voit le rideau se lever au moment oū la salle se tait dans l’obscurité.

Le décor est simpliste. La lumière auréole le jeu « seule en scène » d’une jeune femme frêle qui nous emmène avec elle dans la quête de ses racines irlandaises, bravant le mystère entretenu par sa famille autour de ce grand-père dont nul ne sait s’il est vivant ou mort.

Et le miracle se produit !

En quelques minutes, la comédienne KELLY RIVIERE, qui a écrit et qui interprète cette enquête existentielle, nous entraine dans son <road movie familial> et drolatique. Elle se métamorphose en une galerie de personnages hauts en couleur, s’exprimant à la perfection tantôt en français, tantôt en anglais. (Et dans tous les registres des accents irlandais) ! Elle nous offre, avec ce spectacle inspiré de sa vie, une performance scénique exceptionnelle, aux allures d’introspection psychanalytique, mêlant émotion et humour.

Bien entendu, cette quête de la vérité posera plus de questions qu’elle n’apportera de réponses, mais comme chacun le sait, le voyage est toujours plus important que la destination !

« UNE HISTOIRE IRLANDAISE » c’est son histoire mais aussi notre histoire, nos arrangements avec chacun, notre quête de vérité aussi, et sans doute en leitmotiv ce que l’on a envie de transmettre…

Ce spectacle est une merveille, porté par la virtuosité d’une actrice accomplie ; dont on ressort heureux et enthousiastes. Cela fait tant de bien ! Nous attendons avec impatience la suite qui est en préparation !

Merci Sylvie pour cet air frais et réconfortant.

Puis elle nous dit un beau Poème de Paul Eluard. « La nuit n’est jamais complète. »

LA NUIT N’EST JAMAIS COMPLÈTE     –     PAUL ELUARD

La nuit n’est jamais complète.

Il y a toujours puisque je le dis,

Puisque je l’affirme,

Au bout du chagrin,

Une fenêtre ouverte,

Une fenêtre éclairée.

Il y a toujours

Un rêve qui veille,

Désir à combler,

Faim à satisfaire,

Un cœur généreux,

Une main tendue,

Une main ouverte,

Des yeux attentifs,

Une vie : LA VIE

A se partager.

De nombreux mercis à Sylvie pour ces beautés.

Louis donne alors la parole à Régine qui a emprunté deux livres à la Bibliothèque Municipale. Elle choisit de nous parler de « Soleil Invaincu » écrit par Emilie Guillaumin. 2025, salué par le Nouvel Obs : « Une ode aux forces de la nature. »

L’écrivaine est peu connue encore, mais elle pose des questions fondamentales à notre société actuelle .C’est un peu une retraite spirituelle qu’elle nous propose et qu’elle a vécue elle-même avec son fils récemment : L’intrigue est simple et nous pourrions y être confrontés : Un jour Jeanne, une mère avocate, réalise qu’elle n’a pas transmis l’essentiel à Quentin son fils, et peut-être sa maladie est-elle fatale ? Son mari est d’une autre société, celle des distractions, la téléréalité <more trash, more cash !>. Elle emmène son fils sans téléphone, sans jeux vidéo, sans avertir la famille, sans l’adhésion de l’adolescent, pour lui faire connaître les lieux magiques de son enfance où son père lui a appris d’autres valeurs, un autre sens de la vie fondé sur l’humilité, le courage, l’entr’aide : la forêt de son enfance. Mais c’est un rapt !

Elle y retrouve la forêt de son enfance où son père garde-forestier l’avait initiée. La maison a été investi par un ami qui fait le même métier, Mathias. La compagne de Mathias va l’aider. Au cours de cette expérience, des rencontres, de l’observation des comportements respectueux de la nature et des autres humains moins chanceux, elle montre à Quentin que l’on peut vivre autrement. Et comment réagit Quentin ?

Voici un livre à faire connaître pour revenir à un équilibre plus valorisant pour soi et pour les autres. Merci à Régine, le débat s’engage dans le groupe déjà plein de cette approche sur le plan théorique et dans le réel. Ce n’est pas une approche aisée, surtout pour nos jeunes. D’autant que notre société s’enfonce de plus en plus dans la technologie numérique avec des procès couteux et improbables. Nous en reparlerons surement avec l’atelier de Louis qui présentera la réalité numérique qui se profile. Marie-José parle de ces urgences que produit une maladie ou un décès dans nos vies formatées :  il fait construire un ordre différent pour s’adapter à nouveau. Merci à Régine de nous alerter sur nos devenirs.

Louis donne la parole pour une dernière présentation aujourd’hui, à Nicole. Voici une autre façon de composer un roman, sur le même thème que Jacaranda ou Petit Pays.

« Les ombres du monde » de Michel Bussi, publié en 2025, explore les profondeurs de l’âme humaine à travers une intrigue complexe et dramatique autour des pogroms subis par le Rwanda de 1990 à 1994. C’est un roman avec un environnement historique qui invite le lecteur à s’interroger sur la part d’ombre qui habite chacun, tout en offrant une réflexion sur la complexité des relations et des secrets enfouis sur des années L’auteur mélange suspense et émotion pour livrer un récit captivant. Les < ombres> peuvent être aussi tous les disparus qui pèsent lourd dans le long conflit rwandais et ses conséquences, sur divers plans social, humain, moral et politique.

*L’intrigue :  Michel Bussi plonge le lecteur dans une histoire empreinte de mystères, touchant la politique de plusieurs pays colonisateurs et colonisés , et, de poésie, la beauté des lieux naturels décrits par le géographe qu’est Michel Bussi.  À travers les 90 chapitres courts et bien identifiés réunis en 7 actes, l’auteur explore les profondeurs de l’âme humaine, mettant en lumière à partir de faits quotidiens les parts de silence ou d’ombre qui résident en chacun de nous. Le récit invite à une réflexion sur la complexité des relations et sur les secrets enfouis.

*Les personnages : plusieurs groupes, en fonction de l’espace et du temps. En 1991 et les années suivantes, durant les pogroms, Esperanza la combattante, professeur, démocrate, note tout ce qu’elle fait ou constate, dans son cahier sur ces années horribles.

En 2023, l’écrivain emmène les descendantes de cette femme, Aline et sa fille Maë 10 ans, voir le « parc des Gorilles » dans les montagnes du Virunga où séjourna Dian Fossey, au Rwanda. En fait Jorik, compagnon de Esperanza, a adopté sa fille et la petite Maë. Ils vont tisser ‘la petite histoire’ dans ce roman complexe. Mais qui est Jorik ? qui est son ami et partenaire Charles de Libreville ? Ces personnages portent la structure du roman.

Michel Bussi dessine des figures profondément humaines, chacune porteuse de ses propres secrets et contradictions. Leur psychologie complexe se révèle au fil des chapitres, accentuant la tension entre vérité et illusion.  Les protagonistes combattent ou fuient ou supportent, évoluant dans une atmosphère où la confiance est sans cesse remise en question, et où leurs choix, dictés par leurs blessures et désirs, construisent l’intrigue. C’est là que Michel Bussi reprend les étapes de la Grande Histoire. Dés l’entrée du livre on sait que la France est impliquée fortement : Ainsi, les personnages incarnent les nuances de la part d’ombre évoquée plus haut, enrichissant la narration d’un réalisme troublant et d’une intensité émotionnelle qui tient le lecteur en haleine jusqu’à la fin de cet important témoignage historique d’un « génocide » entre deux ethnies sœurs.

*L’aspect historique : La narration se construit dans une alternance de points de vue, le lecteur navigue de La France sous F. Mitterand, au Petit Pays qui devient le cadre épouvantable de crimes et de complots, sous le regard des soldats Français de la mission « Turquoise ».  Cela permet au lecteur de pénétrer l’intimité de chaque personnage et de saisir les nuances de leurs ressentis. Cette pluralité de perspectives renforce la richesse psychologique du roman, tout en maintenant une tension dramatique constante jusqu’à la dernière page du livre.

Aspect romanesque :

Par la construction minutieuse de l’intrigue et la profondeur psychologique accordée aux personnages, Michel Bussi parvient à mêler mystère et poésie qui aident à prendre des distances à l’égard des horreurs, tout en explorant la part d’ombre qui habite chaque individu. Cette dimension romanesque est faite d’une tension constante entre vérité et illusion ou mensonge, ainsi que par la complexité des relations humaines, où les secrets enfouis doivent être clarifiés. Le récit, porté par une alternance de points de vue, oblige le lecteur à s’immerger dans l’intimité des protagonistes. 

Michel Bussi tisse des éléments du passé, parfois réels, parfois revisités, pour donner de la profondeur au récit et expliquer certains comportements des personnages politiques dominants. Cette dimension historique apporte une résonance particulière aux thèmes de la mémoire, de la transmission et des cicatrices laissées par le temps, tout en contribuant à l’atmosphère mystérieuse et envoûtante du roman.

L’exotisme se manifeste à travers les décors singuliers choisis par Michel Bussi et par la manière dont il dépeint des lieux à la fois réels et empreints de mystère. Il a fait le voyage au Rwanda accompagné par Patrick de saint Exupéry (né en 1962), militaire à l’époque dans l’opération Turquoise, pour dire la vérité des conflits et la beauté ravagée des paysages. Il laisse de côté les procès impliquant la Belgique, la France et l’influence dominante anglaise et les livres écrits sur « L’inavouable », les fosses, les armes envoyées pour aider bien sûr ! les crimes cachés. Sans masquer le tragique des événements, il l’atténue par des descriptions soignées qui transportent le lecteur dans des paysages inhabituels, parfois éloignés du quotidien, où l’atmosphère se charge d’étrangeté. Cette invitation au voyage intérieur et extérieur accentue le sentiment de dépaysement. L’exotisme contribue ainsi à rendre le récit addictif, en entraînant le lecteur hors des sentiers battus vers des territoires inexplorés, tant géographiques que psychologiques.

C’est une belle réalisation différente des œuvres de Gaël Faye : « Jacaranda 2024 et Petit Pays », déjà connues.

Nos lectrices et lecteurs sont emportés par l’intérêt du roman, le sérieux du géographe-historien, la description de l’histoire. Marie-José qui aime beaucoup cet écrivain nous dit :< peut-être que ce roman restera plus lisible dans les années à venir, les lecteurs pourront y trouver des éléments d’histoire des relations Europe-Afrique plus élucidés que dans d’autres textes intimistes>.

                    Merci à vous tous qui faites vivre le café littéraire avec passion et plaisir. Et puis, il est associé à des « délikatessen »( ?) et le thé réconfortant fait de la main de Sylvie.