Nous tenterons de mettre du soleil dans nos vies, ensemble, pour échapper à la pluie et à l’atmosphère une peu lourde de notre dernier café. Les sujets étaient tristes, la chaleur de la pièce nous a incommodés, et certains apartés ont gêné l’attention de nos auditeurs. Mais c’est oublié, Sylvie est revenue, Louis est toujours vigilant et Marcel se repose, nous pensons à lui. Louis et Sylvie accueillent nos lectrices et nos lecteurs, Marielle, Maryse, Sylvie, Louis, Nicole C., Jean, Annick, Noëlle, Béatrice, Nicole S., Aurore, Isabelle, Nadine et Gérard. De nombreuses absentes sont en famille pendant les vacances du 2ème groupe régional.
Sylvie prend la parole, remercie le groupe pour ses attentions et atténuer sa peine. Elle signale que le groupe est composé de 25 personnes et que le Bureau bloque les inscriptions jusqu’ au mois de septembre 2026. Elle poursuit dans ces termes : « Il est nécessaire d’avoir assez de temps pour participer, échanger après des présentations de livres, ou de films. Ce qui a trait à la littérature essentiellement. On peut n’être pas d’accord !
Elle prend quelques minutes pour rappeler, en 2 heures et demie, nous devons dire quelques mots du Ciné-Passerelles, donner la parole aux présentateurs « d’1 » livre, 20 minutes pour le livre choisi, son auteur et un quart d’heure d’échanges. Cela permet de connaître quatre nouveaux livres et un beau poème ou une » trouvaille » de Sylvie. Et pour finir le thé de l’amitié, toujours accompagné de petites gourmandises, pour partager des goûts et des idées.
Un nouvel atelier est en pointillés pour le moment, il pourrait s’appeler « Sciences Humaines » pour aller plus loin sur des thèmes touchant l’Humain, des essais, des textes à travailler en les préparant à l’avance. Louis vous en parlera. Qui souhaiterait participer ? Nous pensons à 5 ou 6 personnes pour débuter. Les réunions auront lieu chez Nicole au début.
*Sylvie demande à Isabelle de parler du film « Hamnet » vu par 17 adhérents de Passerelles mardi dernier. Isabelle dit ses émotions tout au long de la séance, puis elle demande à chacun de donner ses impressions, et le groupe synthétise, donne des impressions complémentaires aux précédentes, les commentaires restent imprécis pour donner envie de retourner ou d’aller revoir cette page de l’histoire littéraire. Les personnages sont habités profondément par leurs rôles, ils sont filmés par Kloé Zhao et l’auteur du roman Maggie O’Farrell avec humanité ou même tendresse et un grand souci d’esthétisme. A voir et revoir. « La première image, dit Nicole C., est splendide. La dernière aussi. « Et tout le reste est silence » …
*Sylvie remercie et demande à Louis de présenter un livre sur « L’inconnue du portrait »2024 de Camille de Peretti. Ecrivaine française, née en 1980, elle est passionnée de littérature et de peinture.
Elle a une formation assez surprenante : d’abord une classe préparatoire littéraire, puis elle intègre l’ESSEC Business School[, et enfin s’inscrit au cours Florent. Elle commence sa carrière comme analyste financière dans une banque. Elle n’est pas passionnée par les comptes et la gestion et se tourne rapidement vers l’écriture.
Elle publie en 2005 un premier roman, Thornytorinx, une autofiction qui aborde les problèmes de la boulimie et de l’anorexie dont elle a elle-même souffert[. Après avoir vécu quelque temps à Londres, elle revient à Paris et publie plusieurs romans dont « Nous sommes cruels », un roman épistolaire qui s’inspire librement des Liaisons dangereuses[], et « Nous vieillirons ensemble ». Elle écrit également des biographies historiques et des romans inspirés de personnalités d’exception.
En 2019, elle publie « Le Sang des Mirabelles », un roman historique se déroulant au douzième siècle et qui raconte les difficultés rencontrées par les femmes à cette époque. En 2021, elle publie « Les Rêveurs définitifs » un roman ludique qui questionne la puissance de l’imaginaire, du rêve et de la littérature[.

En 2024, elle écrit « L’Inconnue du portrait » pour lequel elle obtient plusieurs prix. Le livre choisi est lié à une énigme, reprend Louis, une histoire compliquée autour d’un tableau de Gustave Klint, né en Autriche. Eneffet, Camille de Peretti se saisit de cette extraordinaire histoire vraie d’un célèbre tableau de Gustav Klimt intitulé « Portrait d’une dame ». Il le peint à Vienne en 1910. Ce n’est pas le tableau que l’on peut voir aujourd’hui car il est retouché par le maître. . Le tableau disparait. En 1925, il réapparait et il est acheté par le musée de Plaisance en Italie. Il est volé en 1997, on ne sait pas où il est pendant 19 ans. Puis il est retrouvé par un jardinier, intact, dans un sac poubelle, dans les jardins d’un musée d’Art Moderne en Italie. Personne ne sait rien sur cette femme du tableau ni quel mystère entoure l’histoire mouvementée de son portrait.
C’est un « boulevard » pour une romancière comme Camille de Peretti : elle va nous imaginer et reconstituer avec un extraordinaire talent, l’histoire du tableau à travers une fresque magistrale mêlant sur trois générations d’une famille, les drames de la grande histoire (Immigration vers les Etats-Unis à la suite de la guerre) et des drames familiaux, des amours contrariées, des réussites éclatantes, et bien sûr des secrets de famille.
Le roman se situe des rues de Vienne en 1900 au Texas des années 1980, du Manhattan à l’Italie contemporaine, dans de multiples déplacements dans le temps et les lieux pour nous faire progressivement découvrir les personnages, tous très attachants, qui vivent des destins hors du commun et nous faire apparaître qui était la jeune femme du portrait.
Je ne rentre pas dans le détail de la présentation des personnages très travaillés ni de l’histoire complexe : je laisse les lecteurs les découvrir : ce sera à coup sûr un moment captivant de lecture. Je souligne seulement un texte de qualité, dans lequel Camille de Peretti a pris soin d’effectuer des recherches approfondies (un peu comme Ken Follett) qui donnent un intérêt supplémentaire à sa lecture. Elle décrit bien l’ambiance de la grande crise de 1929, ou l’ambiance viennoise à la veille de la seconde guerre (impression de retrouver Stefan Zweig).
Je me limite à proposer quelques éléments de lecture :
Lecture p. 19 et 20. Isidore jeune cireur de chaussures à Wall Street dans les premières années de la seconde guerre mondiale. Il ne s’en satisfait pas et s’intéresse à la finance au contact des banquiers dont il cire les chaussures. A l’occasion d’un bal le dimanche, il fait connaissance de Lotte fille d’une riche famille, et s’enflamme instantanément pour elle. Il n’ose pas avouer sa condition.
Lecture p. 27 et 28 Martha, ouvrière dans une usine à Vienne. Elle a un bébé sur les bras. On découvrira qu’il s’agit d’Isidore.
Lecture p. 127 et 128 : Isidore. Lotte presse son père d’embaucher Isidore.
Merci à Louis qui nous transporte dans une fiction inattendue et passionnante.
*Puis Sylvie revient à Isabelle qui a choisi de nous parler de « La vie qui reste »de Roberta Recchia, paru en décembre 2025. Le thème central est lourd, Comment résister à la perte d’un enfant. C’est un premier roman Italien, un phénomène littéraire paru en 2025. Livre de poche. Vous ne verrez pas le temps passer ! Une prouesse d’écriture.
Allant et venant entre la vie « d’avant » début du roman, et la vie qui reste, l’auteur nous embarque dans les méandres de la vie de Marisa et de Stelvio. Ils se rencontrent dans l’Italie des années 50, dans l’épicerie du père de Marisa, une épicerie italienne où l’on hume toutes les saveurs qui font la richesse de la cuisine italienne. La belle Italie, celle des gens simples, modestes, mais droits : Stellio et Marisa souhaitent se marier et avoir deux enfants Ettore et Elisabeth. Cette vie d’avant a des petits airs de romance et l’on pourrait se dire qu’il n’y a pas grand- chose de neuf sous le soleil !
Mais les années passent et les voilà propulsés en 1980. La petite Betta est devenue une jeune fille solaire, insolente, mais surtout terriblement vivante dans une Italie encore puritaine. Stelvio et Marisa ont acheté une villa au bord de la mer où la famille passe tous ses étés. Le mois d’Août, Betta a 16 ans, elle compte bien en profiter en compagnie de sa cousine Miriam. Survient alors le drame qui va tout emporter sur son passage, et on bascule dans « la vie d’après ». La vie d’Après c’est la perte du bonheur, l’absence de lumière, le délitement d’un couple, la vie vidée de sens : il faut beaucoup de talent pour passer d’un registre à l’autre.
Ce roman, c’est à la fois une « saga » familiale, un roman d’amour, un roman policier, un roman social, un roman de la résilience. Il aborde avec sensibilité et finesse les violences sexuelles, l’addiction, les tabous d’une société en pleine mutation.

L’écriture est sans artifice et vous fait chavirer. De bout en bout j’ai lu ce roman avec passion. Et c’est elle qui m’anime pour vous en parler et vous conseiller de le lire. C’est ce que l’on doit apprendre à recréer, c’est la vie qui persiste et renaît à travers le chagrin.
Notre groupe réagit très vite à cette présentation passionnée, Noëlle demande ; « Que doit-on apprendre pour survivre ? » et elle enchaîne un souvenir douloureux, Sylvie s’exprime aussi et conseille de vivre le présent comme dans « Le dernier jour du reste de notre vie ! » ou d’autres amis disent qu’on vit avec les absents, une forme de réconfort, d’autres essaient de prendre de la distance, je reste discrète sur ces interventions personnelles, celles qui font notre entente et nos liens.
Sylvie a trouvé des pépites :
STIG DAGERMAN : NOTRE BESOIN DE CONSOLATION EST IMPOSSIBLE À RASSASIER
C’est un ouvrage de neuf pages. Inclassable. Un message, un sursaut d’espoir écrit en 1952, un an avant sa mort.
Depuis sa découverte en 1981, ce « TESTAMENT » de STIG DAGERMAN est devenu un véritable classique. Il nous fait là une ultime démonstration des pouvoirs secrètement accordés à son écriture avant de sombrer dans le silence.
Il nous livre dans une écriture précise et sans ornement frôlant le dépouillement par sa simplicité, ses réflexions philosophiques émotionnelles.
Ses pensées se débarrassent du superflu pour se restreindre à l’équation essentielle de la vie et de la mort : de l’EXISTENCE.

Pessimisme et confiance, là est l’ambivalence qui traverse chacune de ses phrases.
En l’absence de repères stables, à l’écart de toute certitude religieuse ou autre et pour se libérer du tourment de la mort DAGERMAN invoque la présence d’Autrui. Si autrui fait défaut, alors chacun doit se battre seul pour sa liberté et son indépendance. Là est la véritable consolation : ETRE un homme libre et comprendre que les vraies expériences de la vie sont hors du temps. Nous ne pouvons pas suivre la marche du monde plus longtemps que notre courte existence !
STIG HALVARD JANSSON dit DAGERMAN est un des écrivains suédois les plus importants des années 1940.
Né le 5 octobre 1923, d’un père ouvrier et abandonné tout petit par sa mère, il est élevé par ses grands- parents à la campagne. En 1932, il part vivre avec son père à Stockholm et finir ses études. Suivant les traces de son père, il s’inscrit aux jeunesses syndicalistes en 1941et commence ainsi sa carrière journalistique en écrivant dans les journaux syndicaux.
Il change son nom pour DAGERMAN. DAGERMAN signifie « Lumière du jour, espoir ».
En août 1943, il épouse Annemarie GÖTZE, fille de réfugiés allemands pour qu’elle puisse bénéficier de la nationalité suédoise. Deux fils naîtront de cette union.
De 1945 à 1949, il publie avec un succès considérable, un grand nombre d’œuvres littéraires et journalistiques.
Il divorce d’Annemarie en 1950 et se remarie avec l’actrice Anita BJÖRK dont il aura une fille.
Puis soudain et sans raison connue, il cesse d’écrire. Accaparé par sa vie sentimentale, il est convaincu de ne plus être à la hauteur des attentes de son public, dépressif depuis longtemps, il se suicide à l’automne 1954. (Il a 31 ans).
A-t-il renoncé au combat ? « Le monde étant plus fort que lui » d’après ses propres mots ? Est-ce une résignation désespérée ? Son dernier acte de liberté ? Sans doute a-t-il manqué de réelle et profonde consolation.
Un regain d’intérêt pour son œuvre revient dans les années 80. Son œuvre complète réunie en 11 volumes, est maintenant disponible. Des artistes, tant en Suède qu’à l’étranger mettent ses textes en musique. Plusieurs de ses nouvelles et romans sont adaptés au cinéma.
L’œuvre de DAGERMAN, traduite en plusieurs langues, s’est révélée une source d’inspiration pour les lecteurs, les écrivains, les musiciens et cinéastes de Suède et d’ailleurs. Parmi les divers commentaires, nous avons aimé celui de Jean : « On vit mieux si l’on n’a pas d’espoir. »
« Pascaline, un essai » : « Souvenirs du temps passé ».
Sylvie dévoile une autre pépite : Pascaline est une fille de ferme, dans les années 1950 ; elle aime lire et écrire, elle tient peut-être un journal personnel, nous ne saurons rien de plus ; mais Sylvie s’interroge avec nous sur la compétence de cette jeune femme qui dépasse sa condition et parle des sujets qui appartiennent à la pensée universelle. Un regret apparaît un moment : « J’ai connu un amour et je l’ai laissé partir. » Avec simplicité, elle dit aussi : « Dans ce monde de silence, je pense que pour toujours j’ai besoin de ton amour. »
Ces textes, arrivés comme des bouées sur la mer dangereuse, nous mènent à des échanges sur le pessimisme, la recherche de l’Autre comme sauveteur, mais aussi comme semblable : « Dans ce monde de silence, je pense que pour toujours j’ai besoin de ton amour ? »
Revient aussi l’idée dite plusieurs fois par Marcel ; « Tout le monde peut écrire », repris à ce moment par Gérard qui ajoute : « C’est ce qui est Inoui chez l’Humain, untel est peintre, l’autre est Le Douanier Rousseau, ou encore le facteur Cheval, dans la Drôme… »
Est-il important de vivre avec le regard de l’Autre ? sans cela comment faire pour continuer sa route ? Ces mots sont répétés par nos lectrices, (Marielle, Aurore…) et lecteurs pour diverses raisons, et n’est-ce pas une des valeurs de nos associations ?
Merci Sylvie pour ces moments proches de la méditation et aussi du partage en groupe amical qui nous revigore et nous rassure. Le Thé traditionnel confirme nos ressentis amicaux. Merci à tous. Amitiés. Nicole.
Nous nous retrouverons le 2 mars à 14 heures.