

Dans cette période de froid plutôt intense en France, les fêtes de La Fin d’année 2025 s’annoncent et cela donne une animation nouvelle à nos échanges.
Louis, Sylvie sont là pour accueillir et animer notre réunion, avant-dernière de l’année. Nous accueillons aussi de gros sacs portés par de nombreux bras de cuisinières et de gourmands. De belles choses nous attendent vers 16 heures.
Nous sommes nombreux pour ce dernier Café littéraire de 2025, Louis accueille chacun et Michèle, Présidente de Passerelles est venue nous saluer. Merci à tous les présents : Régine, Gérard, Monique 2, Jean, Fabienne, Béatrice, Marielle, Isabelle, Marie-Odile, Maryse, Nicole, Aurore, Marie-Thérèse, Monique1, Ida, Evelyne. Annick et Marie ont prévenu de leur absence. Nous les remercions. Notre photo de groupe montre nos lecteurs et lectrices.
Louis anime les échanges aujourd’hui, il donne la parole à Isabelle pour évoquer le film vu par un groupe important d’adhérents « Dossier137 » avec un personnage principal inoubliable Léa Drucker. < Au sein de l’IGPN, la Police des polices, un cas de victime de sévices, blessure par balle et coups de pieds, est soumis à la sagacité de l’enquêtrice de L’IGPN ; cela se passe lors d’une révolte de Gilets Jaunes autour du centre parisien de l’Arc de Triomphe. Beaucoup d’entre nous se souviennent du saccage de l’intérieur du Monument. Sans trop dévoiler les intérêts de cette réalisation sobre et efficace, les échanges ont beaucoup d’intérêt. Louis affirme que l’IGPN est peu crédible dans ses actions qui sont coincées entre syndicat de police et groupes de Policiers qui font face aux dangers et au-delà, aux critiques populaires. Et donc la victime et sa famille ne sont pas soutenues. Notre réflexion reste en suspens.
Puis ayant dénombré les propositions de livres à présenter, Isabelle reprend la parole pour présenter deux livres… Le premier auteur : Éric Fottorino pour « Des gens sensibles ». On se souvient d’Eric Fottorino, écrivain, journaliste, ancien directeur du MONDE qu’il dirige de 2007 à 2011. Né en 1960, il est préparé par l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et s’oriente donc vers une carrière complexe entre littérature assez romantique et analyse politique des situations de la France à partir de 1990. Il a été récompensé par de nombreux prix dont le Prix Femina en 2007 et le grand Prix des Lectrices d’Elle en 2010. Ses œuvres principales sont Korsakov, Baisers de Cinéma, Dix -sept ans, Mon enfant ma soeur. Il présida le centre culturel de Malagar de 2011 à 2016.
Le roman : « Des gens sensibles » paru en 2025, peut-être un roman inspiré par sa jeunesse, Isabelle a aimé le lire, c’est un roman sensible sur la liberté d’aimer et l’amour de la littérature.

Clara est journaliste, la quarantaine, elle aime la compagnie de « Je », de Fosco. Qui est ce « Je » ? peut-être Éric ? Clara est décrite comme une femme libre qui aime vivre, agir, boire du champagne. Elle dort à peine et vit heureuse dans ce « trio amoureux ». En 1990, à Paris, Jean Foscolari dit Fosco s’apprête à publier son premier livre « Des gens sensibles » ; Clara fait en sorte que son livre soit édité. Au cours de ces échanges, Fosco rencontre l’ami de Clara, écrivain algérien Saïd qui raconte les atrocités commises par des fanatiques religieux. Sa vie est menacée, il est submergé par le chagrin, la perte de ses parents, Clara le comprend, le soutient.
Les trois amis se retrouvent, s’écoutent, vibrent ensemble. Ils sortent dans des soirées, puis des bars et jusqu’au matin ils reconstruisent la vie, parlent de littérature. Cela leur permet d’échapper à diverses douleurs : Clara souffre des séquelles d’un grave accident, Saïd l’angoisse d’être assassiné, et Fosco les entend et est troublé. C’est lui qui raconte leur histoire, ils vivent une amitié amoureuse dans un temps « suspendu » mais aussi plein de dangers, d’émotions ; et pour Fosco, ces expériences lui permettent de s’exprimer sur ses ressentis, ses partages, sa fascination pour ces deux fortes personnalités.
L’écrivain revient sur le passé : c’est l’époque d’Apostrophe, les années 90, cette période de jeunesse pour lui. C’est un roman plein de pudeur, de silences ; Cela fait penser au film « Jules et Jim » de François Truffaut 1962, nous dit Isabelle : Un tourbillon de la vie et de la Mort avant la guerre (tiré du roman ‘Jules et Jim’ de Henri-Pierre Rocher publié en 1953 ). Isabelle aime beaucoup ce beau livre, écrit dans une belle langue : à ne pas manquer.
Le deuxième est récent également « Finistère »2025, de Anne Berest que nous connaissons par La Carte Postale. L’écrivaine poursuit l’inspiration qui la mène à remonter ses filiations « ses transmissions invisibles », une expérience de trans-généalogie. Après sa mère et grand’mère dans la <carte postale>, c’est de son père et son grand-père qu’il est question. C’est la branche Bretonne, finistérienne, elle remonte sur plusieurs générations d’hommes taiseux… La petite histoire rurale se conjugue avec la grande Histoire et elle raconte la création des coopératives paysannes, jusqu’en 1968. Elle raconte l’occupation allemande du village de Léon ; la destruction de la ville de Brest. Comment se font les relations entre parents et enfants : en fait, la transmission des informations familiales si le contact intime manque ? et cela peut durcir les caractères. Puis c’est l’ascension sociale vers Paris et les désillusions. Les dernières pages sont très émouvantes.

Isabelle souhaiterait en parler davantage, mais ce gros livre lui a paru un récit factuel, avec peu d’émotion, peu de sensibilité. Et c’est bien le fond de cet ouvrage centré sur une population rude. La politique y tient une grande place, le combat de la ruralité contre un pouvoir centralisé, c’est très actuel. Le livre précédent consacré à la branche féminine est évidemment plus sensible, plus tendre. Isabelle est un peu déçue. Merci à Isabelle de donner un sens à ses lectures, qui constituent pour nous une belle bibliothèque de sujets très féminins, émouvants, parfois victimes des conflits sociaux et même des violences.
C’est à Marie-Odile de nous présenter un livre dont elle pensait qu’il serait amusant… Et elle nous dit dès le début : » Eh bien, je n’ai pas ri !!!» De Christian Vigne, « Balthazar et moi. », libraire à Barcelone, créateur du « Petit journal », il fréquente depuis longtemps la librairie française « Jaimes de Barcelone ».

Marie-Odile lit directement quelques passages et sa façon de lire, contrainte et désenchantée nous fait rire à chaque réplique des personnages. Deux personnages, Marcel Billon un grincheux magnifique et Balthazar Maurel, un priapique frénétique (maladie masculine), et des habitants du village, le maire, sa femme, le curé mort, madame Rascoff vieille dame célibataire viennent dans l’épicerie installée par nos deux amis retraités. Le livre est publié à la NRF. C’est le premier roman de Christian Vigne. Centré sur la « vocation au foirage », cad, la tendance à toujours pervertir ce que l’on entreprend, dit-il, me paraît être l’une des plus grandes constantes de l’être humain. Les deux compères montent d’abord une épicerie, puis ils ont l’ambition de devenir maire du village…
Il y a beaucoup d’ironie dans cette histoire qui mélange des aspects à la fois extrêmement drôles et tragiques. Parce que c’est ce type de littérature que j’apprécie particulièrement, celle qui ressemble le plus à la vie dans tous ses paradoxes. L’écrivain se place dans la lignée de Samuel Beckett, de Lydie Salvaire, Prix Goncourt en 2021 avec « Pas pleurer ».
C’est à Nicole de vous présenter un livre original et une autrice aussi originale que vous connaissez si vous aimez les « polards » édités par POL. Rébecca Lighieri est un pseudonyme dans le monde de POL, dans la vie elle est professeur de Lettres d’un lycée de banlieue depuis trente ans, sous le nom d’Emmanuelle Bayamack-Tam. Elle codirige les Editions Contre-Pieds depuis leur création en 1994. Ces expériences lui donnent une bonne connaissance de la Jeunesse et des questions politiques dominantes.
Elle écrit des romans noirs chez POL comme « Husbands » 2013 ; « Les garçons de l’été »2017 ; « Il est des hommes qui se perdront toujours »2020 ; « Le club des enfants perdus » 2024 que je vais présenter.
Née à Marseille en 1966, elle est agrégée de Lettres Modernes : elle écrit, elle produit, et elle reçoit des encouragements, peut-être de la part de ses élèves ; mais avec « Arcadie » c’est le Prix du Livre Inter. Avec « La Treizième heure », elle obtient le Prix Médicis. Pour le livre que je présente c’est l’inscription au prix Goncourt des Lycéens 2024 ; Son compagnon fait de la politique Djamel Arrouche à Villejuif. C’est un couple actif.

Le roman, avec une belle écriture, vive, précise, souple dans les détails, Rebecca présente un Père de famille, ou plutôt « c’est lui qui » nous raconte ses soucis, ses réussites le livre est écrit à la première personne « je » ; centré sur lui-même, artiste puissant, habitué au succès il ne comprend pas pourquoi Miranda sa fille qu’il chérit, sa femme Birke qui supporte ses humeurs diverses, ne semblent pas épanouies. Très vite cette voix paternelle devient lourde de passion, d’amour physique, de pouvoir sur les siens et sur le public qui l’encense. Il sait qu’il est coupable de ne pas écouter suffisamment et il se confond en culpabilité pour aborder le sujet de Miranda. Il est Armand et nous confie son autoportrait, et, en miroir, nous rencontrons Miranda et Birke des beautés, froides et distantes.
Birke est étrange, sensuelle, partenaire remarquable dans ses ébats amoureux, mais elle n’a pas d’avis sur les situations, les problèmes qu’il se pose ; elle est peu affectueuse avec sa fille, même lorsqu’elle était bébé. Et il s’interroge, insatisfait, parce que les autres ne peuvent pas être avec lui, mais dépendent de lui. Il est insatisfait, se sent seul, et pourtant sa femme est belle, pourquoi sa fille ne leur ressemble pas ? Chétive, petite, seule, et pourtant si intelligente, au point de refuser de vivre, d’avoir des amis, de refuser ce qui peut donner de la joie ! Elle a vécu sa jeunesse en osmose avec le couple et pourtant elle semble refuser tout ce qui lui est proposé.
Rebecca possède un art subtil pour mettre en scène des nuances émotionnelles et affectives : la frustration d’Armand, le père qui voudrait se faire aimer de Miranda ; ou la jalousie d’une mère pour sa fille qui reste impénétrable : « Avec une enfant moins fragile, je n’aurais jamais su que l’amour peut ressembler à l’angoisse ? »
Le livre est construit en deux parties :
*Une longue auto- analyse du Père vu par lui-même, leur façon de vivre, dans le luxe, une vie mondaine dans le monde du spectacle.
* Une deuxième partie donne la parole à Miranda, adolescente, puis adulte ; ses complexes, ses regrets, les reproches contre ses parents ; une explication de son silence ahurissant.
C’est un procès à charge contre la famille, surtout le cadre des citoyens privilégiés, artistes, personnalités de pouvoir soit familial, social, artistique…
Et le style change complètement : la deuxième partie est une révolte, même violente et vulgaire. Les élèves des lycées s’y retrouvent peut-être, la réflexion emprunte les réflexions et le langage « jeune ». Cette différence que le lecteur peut ne pas apprécier montre les incompréhensions des adolescents et des jeunes adultes dans une société dominée par des parents, des adultes pleins de pouvoir ou indifférents, occupés d’eux-mêmes. Bien sûr, Miranda est malheureuse et ses amis ne peuvent rien. La fin du roman est magistrale. Je conseille sa lecture, comme celle d’autres auteurs qui se penchent sur les difficultés des jeunes. Elle est touchante, désenchantée sur elle-même comme sur ceux qui l’entourent ? Elle a 22 ans. Elle n’a pas trouvé une liberté, une autonomie, elle est dans une errance intérieure.
L’écrivaine excelle dans la description du milieu artistique, et sur ce qui se joue dans les apparences familiales, les masques sociaux. Elle approche des accents de vérité sur notre société actuelle, et surtout pour ce qui sépare les adolescents et les jeunes adultes de leur famille. Le « club des enfants perdus » lui paraît très large et ce qui les sépare des adultes parentaux montre que la famille échoue à construire des jeunes épanouis, motivés à vivre. C’est pessimiste et peut-être l’enseignante cherche-t-elle à faire réfléchir les adultes sur les échanges Parents-Enfants ou Adultes- Adolescents, ces adolescents qu’elle côtoie depuis trente ans, en banlieue difficile.
Je conseille la lecture de ce livre sur cet aspect du mal de notre jeunesse. Les jeunes l’ont choisi pour la liste menant au Prix Goncourt des jeunes 2024, c’est donc important pour eux. Une autre facette de l’Adolescence. Une association de Parents a porté plainte contre la face érotique du livre qui fait partie des expériences d’Armand ; si l’on considère notre société, le côté exhibition n’est pas étranger aux médias, pour certains d’entre nous cela n’est pas nécessaire au succès du livre. La fin du roman est saluée comme magistrale. Miranda n’est qu’un exemple de la difficulté des échanges entre Parents et enfants, fracture générationnelle et de l’ampleur du « Club des enfants perdus » dans notre société contemporaine.
Puis Louis donne la parole à Ida pour un poème de Noël. Ida a la gentillesse de se présenter : d’origine allemande elle est biculturelle et ses enfants vivent en Allemagne. En revanche son mari disparu depuis quelques années était Français. Elle présente une chanson de Noël qui date de 1803, créée par un Poète, écrivain de langue allemande Johann Pieter Hebel, né à Bâle en 1760. Il est Pasteur luthérien, enseignant, directeur du Gymnasium de Karlsruhe, et devient plus tard Prélat de la Chambre Haute du Parlement du Grand-Duché de Bade . Il meurt en 1826 à Schuetzinger. Ses récits d’almanach sont très appréciés, parus entre 1803 à 1819. Il est ouvert aux nombreuses tendances de l’époque des Lumières, qu’il mêle au message évangélique chrétien.
Ida nous lit un poème en 6 strophes de J. P. Hebel, écrit en dialecte alémanique : voir page suivante.
Ida nous dit ce qu’elle aime dans ce poème :
- Le poète prend la douceur de la Maman qui parle à son enfant. ( mots d’amour et de tendresse.
- L’arbre de Noêl semble entrer dans la tradition alémanique, au 18ème siècle, les décorations sont des gâteries, des guirlandes.
- Le petit enfant doit dormir et ne trouvera l’arbre que le jour de naissance officiel de l’enfant divin et pas avant ce moment. Les garnitures sont intimes à la maison.
- Les réveillons n’ont pas cours, la messe de minuit correspond à l’entrée de ce jour de recueillement.
Des questions sont posées sur les rites de Noël en Allemagne, et Ida est heureuse d’y répondre. En Alsace on parle de Saint Nicolas, Santa Claus en Hollande. Les gâteaux de Noël sont riches de Pâte d’amandes et de raisins. Les cadeaux sont liés aux visites des rois Mages en Janvier.
Tous ces rites ont été réécrits lors du Concile de Trente 1542, qui mettait fin aux disputes entre Catholiques, Luthériens, Calvinistes et réformateurs. Toutefois, ces questions n’ont pas d’issue et la Contre-réforme au 17 et 18ème siècle fut douloureuse. Il faut lire Voltaire !
Merci Ida, ta recherche était bien plus riche que ce résumé.
Le texte vient à la page suivante.

Notre amie Poète, Sylvie , prend la parole pour une vingtaines de Minutes, elle met en valeur un sablier très simple et d’une ligne pure. Elle a choisi un conte Japonais du 8ème Siècle. Une belle histoire d’amour entre un pécheur pauvre et la tortue merveilleuse. Je ne peux vous confier le texte trop long mais deux estampes vont vous plaire.
Sylvie me les a envoyées. Toutefois on peut lire un résumé du texte sur Google, avec le titre « Urashima Tarô et la Tortue » et le mot récit. On voit des estampes anciennes qui enrichissent le texte.


Ces contes sont souvent à portée philosophique. Le pécheur est conduit sur sa tortue vers un belle princesse dans un palais étonnant puisqu’il l’a sauvée, magnifiée. Il a créé un « rêve de femme » qui a duré 13 ans. Et puis, il a cru que ce serait éternel et qu’il pouvait le croire fermement. Il a alors repensé à sa mère et il part avec un Tamatebako, un coffret laqué qu’il ne doit jamais ouvrir, lui dit la princesse. Urashima Taro repart sur la tortue et s’endort. Plus tard il se retrouve sur une plage, il est entouré de personnes inconnues. Effrayé il court vers sa maison, mais il n’y a plus de maison, plus de mère. Tous ses souvenirs sont disparus ?
Son coffret sous le bras, il retourne vers la mer, ce paysage alentour n’a pas changé depuis son premier voyage, mais il ne revoit pas la tortue qu’il avait secourue. Plongé dans l’affliction, il rompt son serment et ouvre le coffret. Aussitôt il se métamorphose en vieillard ; il entend la voix de la princesse qui lui reproche son geste, elle l’avait bien prévenu. Dans le coffret étaient enfermées toutes les années de bonheur, passées près d’elle, peut-être 300 années.
Quelle sagesse trouvons-nous dans ce conte ? C’est vraiment à réfléchir. Est-ce le désir d’immortalité ?
Vivre le présent est essentiel. Peut-être. La chance ne passe pas deux fois ? surement. A vous de chercher….
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Sylvie nous a composé un goûter exceptionnel et Aurore, Isabelle, Monique, Ida, Régine sont venues avec des fabrications personnelles, des boites de pâtes de fruits, des chocolats, des clémentines et des nappes de Noël. Tous nos lecteurs sont à remercier pour ce buffet de l’amitié et de la littérature. Quelle harmonie de couleurs et d’échanges ?
Nous nous retrouverons le 5 janvier 2016 à 14 heures, à L’Ermitage.
Joyeuses fêtes de NOËL et NOUVEL AN 2026. Que vos vœux les plus chers se réalisent.
Amitiés à toutes et tous. Nicole.
Site « Passerellesasso33.fr », « contact@passerellesasso33.fr ».