Café littéraire du 02/02/2026 📜📚

C’est la fête de la Chandeleur traditionnelle : la fête des chandelles, fête chrétienne de présentation de la Vierge ; les jours rallongent d’une chandelle !  Mais l’hiver se meurt ou reprend rigueur ! Que de dictons évoqués ici !!!  Ils sont en lien avec des activités de la vie paysanne.

Une fois de plus « Que cette année 2026 vous soit douce et pleine de santé ». C’est Marcel qui anime la réunion aujourd’hui, il est accompagné de Louis, Sylvie s’est rendue en Charente pour un grave souci familial : nous pensons tous à elle. Nous retrouvons Marielle, Maryse, Nicole C., Jean, Annick, Monique M, Régine, Evelyne, Fabienne, Marie-José E., Noëlle, Béatrice, Nicole S., Aurore, Monique S., Gérard. Nos amies Marie, Ida, Marie-Odile nous ont prévenus de leur absence. Merci.

Marcel a dénombré plusieurs présentations à vivre aujourd’hui, et il donne la parole à Gérard, qui s’adapte à notre café littéraire avec beaucoup d’attention et de soin envers le groupe : Il explique qu’il a lu dans le Monde un article sur Constance Debré qui a publié « Protocoles » 2026 un livre sur la mort des condamnés. C’est le 5ème livre de cette avocate pénaliste reconnue pour son éloquence, fille de François Debré, journaliste prix Albert Londres. Elle est la nièce de deux Ministres : elle a quitté le barreau actuellement pour se donner à l’écriture. Elle est née en 1972 à Paris, fait des études à l’Université Assas, ESSEC ; elle a commencé par l’autofiction avec Play-Boy 2018, puis Love me tender, 2020, puis Offenses 2023 et Protocoles 2026, un récit à la deuxième personne, comme une interview. Flammarion janvier 2026 138 pages.

Pour des raisons personnelles, elle a coupé avec une vie privilégiée pour vivre les difficultés de l’écrivaine et de la mère de famille qui perd la garde de son fils. Ses cheveux coupés courts, elle a changé de vie et peut-être de sexualité. En 2025, elle joue dans le film Mika Ex Machina : « On ne fait du beau qu’avec l’horreur du monde », affirme-t-elle récemment.

Gérard restitue le texte qu’il a choisi de lire :

< Vous avez été condamné à mort. Cette réunion a pour objet de vous informer des règles et procédures applicables les trente-cinq prochains jours. À l’issue de cette réunion vous serez amené dans une cellule spéciale où vous demeurerez jusqu’à votre exécution. Votre cellule sera équipée d’une télévision…etc. L’appartement porte le numéro 15. C’est au premier étage. Il y a un salon un peu sombre avec une vieille télé Toshiba des papiers et des DVD. Une chambre avec des vêtements qui ne sont pas à moi. Une cuisine avec une fenêtre à trois panneaux dont j’enlève les grilles quand j’arrive. C’est un immeuble à loyers encadrés. Il est situé à l’ouest de la ville dans un quartier démodé… La ville est bordée à l’ouest par l’océan. Elle s’étend vers l’est. Elle rejette les plus pauvres d’abord dans des quartiers de plus en plus périphériques, puis dans la vallée, enfin le désert. Je conduis des voitures d’emprunt ou de location. Je roule des heures sur des boulevards des avenues des autoroutes. J’écoute de la musique en voiture. Sinon c’est le silence. Tout paraît immobile. Il fait toujours beau.

La chaise est en bois de chêne avec dos ajustable. Elle est recouverte d’une peinture acrylique identique à celle du programme spatial. Les sangles en nylon sont conformes aux standards de l’aviation. Il y a deux sangles pour les chevilles, deux sangles pour les poignets, un harnais pour le torse. Leurs fermetures sont réglables et ajustables. La chaise est équipée d’un siège percé en plexiglas sous lequel se glisse un bassin amovible. Le casque est constitué d’une partie extérieure en cuir et d’une partie intérieure en maille de cuivre. Il est entièrement démontable. Les électrodes de chevilles sont en laiton massif. Elles sont fixées aux pieds de la chaise et parallèles au sol. Le casque et les électrodes de chevilles sont équipés d’un câble électrique no 6. La chaise est connectée au courant par un connecteur de type militaire. En raison de sa construction modulaire, l’ensemble peut être installé en quelques heures par de non professionnels et réparé sur place.

 L’homme qui est assis sanglé cagoulé est entouré de vitres à travers lesquelles on l’observe, il est seul. Le directeur donne le signal. Le chef de l’équipe d’exécution appuie sur l’interrupteur. Une première décharge est appliquée à l’homme pendant une trentaine de secondes. Le corps de l’homme se tend. Une pause. Pour que le corps refroidisse. Ne prenne pas feu. Le corps se détend. Plusieurs minutes. Cinq minutes. Une deuxième décharge. Parfois de même durée et de même intensité. Parfois moins forte et plus longue, par exemple deux minutes. Ça dépend des protocoles. Ça dépend des États*. Une nouvelle pause. Parfois une troisième décharge. Un médecin entre dans la chambre examine l’homme constate la mort. Le directeur de la prison prononce la mort. Il dit le nom le jour et l’heure. Il ajoute <Conformément à l’Arrêt de la Cour>.

Parfois ce sont des collines entières qui brûlent. Parfois des quartiers entiers. Pourtant c’est un tremblement de terre qu’on redoute surtout. Il y a souvent des secousses sans gravité. Juste quelques secondes qui font tomber un livre une tasse ou rien. L’impression reste dans le corps. L’impression que rien ne tient. Que l’équilibre est provisoire. Tout est suspendu à la possibilité d’une catastrophe. On ne sait pas laquelle. On ne sait pas quand. On n’en est même pas sûr. Peut-être qu’il ne se passera rien. Rien avant qu’on meure, d’être devenu trop vieux, d’avoir trop bouffé, tué par un cinglé ou une mauvaise drogue à la soirée de la veille. On ne sait rien. Il fait toujours beau. Tout le monde sourit toujours.

Dans les années qui suivent la majorité des États adoptent la chaise électrique. Puis d’autres la chambre à gaz. Plus tard l’injection létale deviendra la norme. L’invention et l’adoption d’une nouvelle méthode d’exécution ne font pas disparaître les précédentes. La pendaison, le peloton d’exécution, la chaise électrique, la chambre à gaz, l’injection létale : tout est légal, constitutionnel, pratiqué à l’occasion. La loi supprime les questions. La règle n’a d’autre cause ni finalité qu’elle-même. Que de devoir être accomplie. Que la soumission qui en résulte. Le reste au fond est parfaitement indifférent. La cour a considéré que le risque de décapitation est négligeable et que la pendaison conformément au protocole n’entraîne ni une mort lente ni une mutilation ni l’infliction d’une douleur gratuite, que par conséquent elle était conforme à la Constitution.

 – Pensez-vous que M. D. ait souffert en mourant lors de son exécution a demandé la cour au docteur B. Je ne peux pas répondre. À mon sens la notion de souffrance est très large. Je suppose que c’est une question de définition. Des événements se produisent. Il n’est même pas besoin de les vouloir. Elle tire une Parliament de son paquet bleu. Elle me tend sa cigarette. Je prends sa cigarette. Je la regarde. Je comprends que je vais l’embrasser. Je tire une bouffée je lui rends sa cigarette je ne l’embrasse pas. Elle finit de fumer. On retourne dans le bar. Elle dit Let’s get out of here. Elle propose un autre bar. On prend ma voiture…. En face d’une banque, une pancarte clouée sur un poteau dit We buy souls. On achète les âmes avec un numéro de téléphone en dessous….

 Un club pour professeurs devenus vieux qui viennent encore l’après-midi lire prendre un verre. L’université qui m’invite est à deux blocs. L’hôtel fait faux château mi-européen mi-mexicain. Il y a un cours de tango à cinq heures. Une vieille piscine au sous-sol. Je fais une conférence. Je la retrouve dans un bar. Elle dit I think we should date. Je nage. Je fais une autre conférence. Je dîne avec des professeurs dans un restaurant chinois avec le plateau qui tourne. Je la retrouve dans un bar. Elle est avec une amie. Son amie travaille pour un syndicat. Je ne comprends pas bien ce que font les syndicats dans ce pays. Je dis oui oui. On est de nouveau seules.

 L’homme est amené dans la chambre. Il est attaché à la chaise. Le micro interne de la chambre est allumé. Un micro mobile fixé à la chemise de l’homme est lui aussi allumé. Ces deux micros devront rester allumés pendant toute l’exécution. Ils seront éteints en cas de propos déplacés. Des écrans permettent aux témoins de suivre l’exécution. Les caméras sont placées de façon à préserver l’anonymat du personnel impliqué dans la procédure. Le technicien des produits no 2 s’assure que le levier de la valve de gaz et le ballon de la valve de gaz sont fermés. Le technicien des produits no 2 place des palets 3 de cyanure dans le ballon de la valve de gaz sous la chaise. Le technicien des produits no 2 et le technicien de la chambre ferment la porte de la chambre et s’assurent qu’elle est scellée. >

Quelques propos glanés lors d’une émission de la grande librairie : Constance Debré : Faire face à la totalité du monde…l’absurdité de nos existences mortelles …Pornographie du réel… Regarder en face ce qu’on ne voit pas… Actes mauvais par des gens qui ne le sont pas… Le mal : pas de pourquoi… La loi à des effets sur les corps… Un livre est une forme donnée au chaos … Il n’existe aucune fuite…existence ….destin…. Les livres permettent de prendre conscience de ce que nous sommes… Tobie Nathan qui participait à l’émission : l’art de la vie échappe à la loi… porter sur soi-même un regard extérieur…

 J’y ajoute les quelques citations de François Jullien que j’avais déjà produites dans la présentation du livre de Roman Polanski car pour moi le sujet des deux livres est fondamentalement le même et peut être en est-il ainsi de la littérature. …« On fait tant d’effort, par l’imagination comme par la science, ou par la croyance, pour intégrer la mort dans la vie, l’inscrire dans son métabolisme, tenter de l’assimiler pour la justifier. Mais quant à ce qu’elle garde d’« inacceptable », comme on dit, autant dire d’inintégrable pour le sujet ? Seul d’ouvrir la catégorie de ce qui ne s’intègre pas, de ce qui est hors catégorie : l’inouï–…– peut enfin mordre sur ce plus réfractaire à la pensée. » …« L’inouï dit, non pas l’extraordinaire, mais l’inintégré – et peut-être même inintégrable – de notre expérience, qui par conséquent pour nous est vertigineux. —

(Or qui dit que ce vertigineux ne pourrait pas être de tous les instants » …« C’est donc, en effet, que l’inouï puisse être le plus ordinaire, le plus à portée, qui est à penser. » « et d’abord qu’on soit en vie ? » … « l’individu est incommensurable à la réalité » signifiera qu’il ne peut se laisser contenir dans la commune mesure qu’on croit la réalité du monde et qu’il ouvre un hiatus irréductible d’avec elle par sa singularité. …Mais il faudrait penser d’abord que, si l’homme est le seul de tous les êtres à pouvoir se suicider, c’est qu’il est le seul à avoir ouvert de l’incommensurable dans le monde, en dé-coïncidant d’avec le monde, …Car que peut-on attendre du travail de la pensée si ce n’est que de l’in-ouï puisse y percer ?) …

<Dans « Protocoles », vous citez les Evangiles est demandé à Constance, dans l’interwiev : Quel rapport entretenez-vous avec la transcendance ?

J’aime les figures d’absolu, celle du saint, du moine. J’ai relu il y a peu « Là-bas » de Joris-Karl Huysmans [publié en 1891], et me suis sentie proche du narrateur qui se montre sceptique au sujet de toutes ces choses non visibles… Comme lui, j’ai du mal à croire. Mais la vision chrétienne du monde – le bien et le mal, l’humilité, l’égale dignité des êtres – me paraît à la fois juste et belle ; bonne, aussi. J’ai une immense compassion pour l’homme dans sa chute, pour chaque homme qui chute. Je suis traversée par la recherche de la vie juste. La question du bonheur ne m’a jamais intéressée. Je ne sais même pas ce que c’est. Ce qui compte, c’est le comment : comment vivre.>

Merci à Gérard, c’est une recherche passionnante, pourtant elle nous pose des difficultés à plusieurs niveaux, Marcel demande à Gérard de rester sur « un » objectif, et nous verrons si un autre moment pourrait être dévolu à une autre partie de cette question. Le groupe rappelle le film « La ligne verte ». Nous sommes tous passionnés par les questions soulevées, mais aussi frileux devant le thème. Fabienne rappelle la dureté du roman : « Les Bienveillantes de J. Littel ; d’autres disent en rappelant Montaigne « que philosopher est apprendre à mourir ».  Gérard clôt son message en rappelant que la vie échappe aussi à notre regard et à notre volonté.

Puis Nicole C. est sollicitée par Marcel. Elle a beaucoup aimé le livre de Marjan Kamali : Un thé à Téhéran. L’écrivaine est née en Turquie, souvent refuge des Iraniens lors des troubles politiques et sociaux. Elle a passé son enfance entre le Kenia, L’Allemagne, la Turquie et l’Iran et les USA, où elle a fait ses études, Berkeley, Columbia University, et New-York University, . Ses romans sont très liés à Téhéran, des souvenirs, des atmosphères : « Les lionnes persanes », « La librairie de Téhéran » un grand succès qui a lancé Marjan.

La jeune Mina s’adapte à ces voyages, de même que son père, un médecin qui doit refaire son parcours universitaire pour exercer son métier, mais ils sont courageux et semblent se satisfaire. La maman, Darya, souhaite trouver un mari pour sa fille, irano- américain, mais cela symbolise bien le conflit culturel entre cette mère et sa fille, et cela doit représenter un cas classique de ces populations qui ont à recréer un environnement supportable. Un retour en Iran est possible vers 1989, et Darya a trouvé un possible élu pour sa fille, le dimanche suivant il doit venir prendre le thé, mais Mina ne souhaiterait que deux choses : vivre en montagne et peindre toute la journée… Le récit utilise un temps long, plus d’une dizaine d’années et les personnages se construisent au fil de ce temps.

Merci Nicole pour ce roman surement très intéressant à lire pour mieux comprendre l’Iran en ces moments de fièvre et d’insécurité au Moyen Orient. Elle ajoute qu’un autre roman lui a plu : « La fileuse de verre » de Tracy Chevalier.

Aurore est contente de prendre la parole, elle présente « Hors Champ » 2025 de Marie-Hélène Lafon. L’écrivaine est professeur agrégée de Lettres Latin Grec, née en 1962 à Aurillac. Le cantal et sa rivière la Santoire sont le décor de la majorité de ses romans. Elle y a vécu jusqu’à l’âge de 18 ans, puis elle est partie à Paris,,, à la Sorbonne, Elle a enseigné à Paris.  Elle a reçu de nombreux prix pour ses œuvres, le dernier le Prix Renaudot 2020 pour « Histoire du fils » a été vendu à 100 000 exemplaires. Aurore nous dit la qualité remarquable de son style, en 2016, Prix Renaudot de la Nouvelle.

Le roman : il se situe donc dans le Cantal, et l’écrivaine parle de la rudesse du monde paysan, et pour beaucoup de gens, ces conditions de vie sont « Hors Champ » et du déclin de la petite paysannerie de montagne.

Les personnages lui sont bien connus, elle pense à sa famille en écrivant.  Gilles, le fils, est enfermé dans le rôle que lui a dévolu son père, rester à la ferme et succéder au Père.  Il hait son père, un homme brutal, taiseux, violent. Il ne parle de lui qu’avec des mots rudes, « le vieux, l’autre ». La mère subit la tyrannie ou la colère.

Claire, elle, peut choisir son destin : la ferme n’est pas son domaine, élève brillante, elle part à 18 ans pour continuer des études. Cette exclusion va la sauver. Elle revient de temps en temps à la ferme, elle voit combien son frère est malheureux et maltraité. Mais elle n’y peut rien. Dans cette famille, on ne parle pas, pas d’échanges, c’est le silence.

A travers Claire et Gilles, deux voix racontent en alternance ce qui se passe dans le foyer. Elles s’expriment à la troisième personne, prenant de la distance sur ce qui se passe pendant 50 ans de vie.

 Claire a 63 ans actuellement et va prendre sa retraite sous peu. Elle fait des bilans :  en 1960, la ferme était assez prospère, produisant du Saint-Nectaire, le Père employait un ouvrier. Quand Gilles quitte le Collège pour l’Alternance, le Lycée Agricole, Il travaille à la ferme. Mais la relation devient difficile avec le père, il rêve de faire autre chose, mais il est hors de question qu’il parte. Il est « coincé ».

L’écrivaine s’aperçoit que son frère dépérit, devient dépressif après une déception amoureuse. Les années passent avec tous les changements économiques, les décisions européennes, les restructurations. Les crises et épidémies, les contrôles épidémiologiques. Les importations qui concurrencent les produits locaux sans souci de la qualité et des normes de sécurité.

Ce roman oblige à une prise de conscience des souffrances des agriculteurs aux prises avec tous ces bouleversements, les souffrances physiques et morales, les silences. Son écriture est magnifique, émouvante. Et la fin transperce le cœur.

Ces drames sont au centre de l’actualité, et nous les connaissons un peu, mais nous sommes en partie protégés des drames de ce groupe social. Jusqu’à quelle échéance ?

C’est un gros sujet. Merci à Aurore pour ce choix très important.

 Puis Marcel donne la parole à Nicole.S. : A la suite de l’atelier sur « l’Aventure numérique et la création de l’IA », nos réflexions se sont portées sur les journaux qui nous informent de cette rapide évolution. : Sciences et Avenir par exemple. Louis parle de Piaget comme d’un des chercheurs ayant contribué à cette création, (à côté des Turing, Von Neumann, and all.)  J’ai donc préparé un rapide document puisque mon métier était centré sur la pédagogie et le langage.

Présentation de Jean Piaget : pourquoi l’IA s’intéresse à ses travaux ?

Qui est jean Piaget ?

Il est Suisse, né à Neuchâtel, Suisse Romande, en août 1896. Il est biologiste au départ, mais ses travaux l’amènent à la Psychologie, puis l’Epistémologie, il s’intéresse à l’intelligence et veut faire apparaître les stades de cette évolution. Même s’il pratique ses recherches sur ses proches enfants au début,1920, par la suite il crée autour de lui un centre de recherches en1955, avec ses élèves, des praticiens en formation et crée une méthodologie de questionnements et de recueils de données sur les « étapes de l’évolution de la pensée de l’enfant à travers leurs comportements et leurs réponses ».

Ce sont des techniques scientifiques parce qu’elles peuvent se répéter pour devenir des critères sur lesquels appuyer une réflexion stable, répétable, donc utile pour appuyer une hypothèse constructive. Ce que vous connaissez bien, est une nouveauté à l’époque des recherches en Psychologie de l’apprentissage, en Europe.

 Au même moment, en France, Jean Rostand, (le fils d’Edmond qui brille en écrivant Cyrano de Bergerac, l’Aiglon,) Jean Rostand donc, devient écrivain, moraliste, biologiste, historien des Sciences, il habite Ville-d’Avray où il rencontrera plus tard l’auteur du « Meilleur des Mondes » Aldous Huxley. On reconnait la vitalité des recherches dans ces milieux scientifiques du début du XX ème Siècle.

Pourtant les travaux de jean Piaget ne seront connus que plus tard. Dans un gros livre sur le rôle des Instituteurs, en 1967, leur formation ne comporte aucune allusion aux travaux de Piaget. Ce n’est que vers 1970 que ses travaux sont validés par des groupes de chercheurs en Sciences, mathématiques, physique, biologie, psychologie et sociologie. Des ouvrages tentent de synthétiser les apports de cette œuvre majeure, environ 30 000 pages de Psychologie expérimentale reconnues par ces collèges de disciplines connexes qui constituent une approche de l’intelligence : sa construction évolutive, détectable par l’observation des comportements du sujet, ses paroles, ses gestes, ses réactions aux stimuli, grâce à des résolutions de problèmes adaptés à l’âge du sujet, explicités par le sujet… Piaget explique : «  Son but n’est pas d’être le théoricien d’une nouveauté, mais de formaliser les conduites observées et d’en approfondir la compréhension, puis d’établir des liens qui n’apparaîtraient pas au niveau de descriptions uniquement verbales. Psychologie du comportement, théorie hypothético- déductive, structuraliste (dégager la structure des faits psychologiques).

  • La logique est-elle innée dans la richesse de l’individu ? ou est-elle construite par chaque enfant qui grandit et ce faisant, construit sa propre logique, la confronte à celle des partenaires de son environnement, se forme à des niveaux supérieurs par la communication verbale, scolaire, environnementale, affective, sportive et livresque, universitaire…. Voilà qui peut être utile pour des créateurs de robots, ou des poètes imaginant des IA génératives : qui pourraient modéliser des protocoles, puis construire eux-mêmes des processus évolutifs. Et mémoriser des synthèses et des systèmes ? Essais qui se profilent dés 1966, avec des robots personnels comme Eliza

Depuis les travaux de Piaget décédé en 1980, à Genève, de nombreuses recherches sur le langage, sur le cerveau en biologie ou en psychologie permettent de croiser des applications que l’on expérimente sur les singes, les plus proches de l’homme, Bonobos, Chimpanzés. (Réseau cérébral du langage) Mais leur larynx n’est pas constitué pour cette expression langagière….

               Que reste-t-il de cet immense travail d’expérimentateur et d’épistémologue qui contrôle la validité des résultats ?

*Une théorie de la construction de l’intelligence chez l’enfant, et par là chez l’adulte. Tous les efforts concourent vers le rôle essentiel de l’environnement ; parce que l’enfant est acteur de sa construction. C’est ce que Jean Piaget démontre dans ses divers ouvrages. Ils sont nombreux car il décrit les diverses étapes au long de l’enfance et de l’adolescence. Ces étapes décrivent les « schèmes », sortes de rituels que l’enfant emploie pour résoudre des problèmes concrets. L’analyste observe les comportements de l’enfant, l’interroge sur ce qu’il a pensé ou mémorisé, ou manqué, oublié…Ainsi s’élabore une adaptation à la logique, la causalité, une structure d’ordre, et le langage adapté que l’enfant ou l’ado s’approprie.

*Une méthode clinique de psychiatrie employée par Bleuler, Psychiatre suisse, est adaptée à l’enfant pour construire un questionnement adapté à l’âge, à la personnalité de l’enfant observé. Le langage devient le véhicule de la structuration : l’observateur et le sujet doivent se comprendre, élaborer ensemble le schème de connaissance ou de méthode. Ce ne sont pas des tests. Ces questionnements s’adaptent à chacun par la reformulation.

* Un contrôle constant des attitudes, des mots utilisés par le sujet pour percevoir sa mémorisation des situations et des mots utilisés par l’enfant pour savoir s’il est capable de mémoriser ses acquis, de comprendre le monde qui l’entoure. (Exemple page 24-25, le rêve) ; de faire des expériences, des résolutions de problèmes, (Conservation des formes, des quantités par exemple).

*l’égocentrisme de l’enfant, le tout-petit est complètement centré sur soi, pour se « décentrer » il est nécessaire de passer à la « pensée symbolique », au plus simple niveau se reconnaître dans une glace, sur une photo, (ce que certains animaux parviennent à faire), La décentration facilite l’ouverture à l’environnement, puis aux personnes qui l’entourent.

* Mettre en place deux types d’apprentissage pour les plus grands : 1- l’expérience des situations vers 7 ou 8 ans, outils : expériences de physique ou logico- mathématique (conservation des quantités). 2- la déduction qui se précise à travers des processus d’équilibre, comparaison, ouverture à l’environnement, puis aux autres. (Accommodation, puis assimilation).

*La tâche essentielle des pédagogies est de créer des situations   ou « structures opératives » dans lesquelles le sujet va être actif, va résoudre des problèmes par des prises de conscience « Euréka ! Ce sont des méthodes actives et plutôt non-directives faites pour le sujet, pendant lesquelles l’adulte ou l’animateur s’effacent pour laisser l’enfant et l’ado prendre des responsabilités et être libre d’agir. Bien sur les situations d’apprentissage doivent être adaptée au sujet pour qu’il réussisse et s’approprie le succès. ( L’atelier d’imprimerie chez Freinet.)

Piaget et Freud sont les deux créateurs de la Psychologie actuelle, l’un s’occupait de construire le pôle affectif et émotionnel, en Allemagne ; l’autre, la structure de l’intelligence en Suisse.

Tableau des stades d’évolution de la pensée de l’enfant et de l’adolescent.

Jean Piaget a donc élaboré une théorie du développement cognitif de l’enfant structurée en quatre stades principaux :

1.           Le stade sensori-moteur (de la naissance à 2 ans) : L’enfant découvre le monde à travers ses sens et ses actions. Il commence à comprendre la permanence de l’objet, c’est-à-dire que les objets continuent d’exister même lorsqu’ils ne sont plus perçus.

2.           Le stade préopératoire (de 2 à 7 ans) : L’enfant développe la capacité de se représenter mentalement les objets. Cependant, sa pensée reste encore très égocentrique et il a du mal à adopter le point de vue des autres.

3.           Le stade des opérations concrètes (de 7 à 11 ans) : L’enfant acquiert la capacité de raisonner logiquement sur des situations concrètes. Il comprend les notions de conservation, de réversibilité et de classification.

4.           Le stade des opérations formelles (à partir de 12 ans) : L’adolescent peut penser de manière abstraite, formuler des hypothèses et raisonner sur des idées hypothétiques ou des situations imaginaires.

Ces stades décrivent donc, comment la pensée de l’enfant évolue et se complexifie au fil de son développement. Et Jean Piaget à partir de ces acquis expérimentaux et langagiers, va faire évoluer ses recherches et ses écrits vers une création originale et fondamentale pour la compréhension de l’apprentissage et du développement des activités mentales. Notre cerveau se construit en agissant, des neurones et des circuits se créent. Ils sont assimilés avec un vocabulaire adapté, l’enfant va mémoriser, utiliser, reproduire et assimiler ce qu’il partage avec ses partenaires, praticiens, parents, enfants… Il produit des schèmes de comportements, de structures, et d’accommodations dans des situations proches, expérimentales. Peu à peu, il adopte une logique, il résout son adaptation au langage, à la causalité, à l’ordre des choses et des événements, la temporalité ; (« Mais alors Mamie, ton enfance, c’était au moyen-Age ? ». Bruno a entre 3 et 4 ans)

Plus tard, il est en face de deux systèmes d’apprentissage ; * l’expérience vécue des situations, et * -vers 7-8 ans, la déduction qui se précise à travers des processus d’équilibre (comparaison, ouverture, régulation, contrôle)  cad peu à peu des structures logiques  et des généralisations).

La tâche essentielle des pédagogues est de créer des structures opératoires où l’enfant  et l’adolescent vont être actifs  et résoudre des problèmes. Cad, des méthodes actives et non-directives où l’adulte et l’animateur s’effacent pour laisser le sujet prendre des responsabilités et être libre d’agir. Mettre l’Autre en situation d’agir, de réussir, et de s’approprier le succès. Tout cela est bien différent de ce que les élèves vivent en écoutant le discours du maître, en écrivant le discours du maître qui est aussi posé sur le tableau. J’ai toujours pensé qu’au-delà de cette éducation cadrée, il y avait l’écriture du jeune, sa lecture des textes, sa découverte du monde, le rôle du vécu, des images, des jeux de rôles, toujours grâce aux interactions et aux échanges.

Avec ces données, peut-on enseigner des robots, peut-on utiliser des neurones hors du corps humain et pourraient-ils s’enseigner eux-mêmes comme les enfants humains ? Et pourtant, c’est en partie ce qui se prépare, ou se fait sur des secteurs spécifiques depuis 1966.

Bibliographie : Pour comprendre Jean Piaget  chez Privat 1991.de Jean Marie Dolle.

« Lire Piaget », De R Droz  et M Rahmy. Chez Dessart Bruxelles.

Association pour la recherche cognitive (ARCo), la sémantique en Psychologie / Jean François Le Ny. (1924-20226)  Univ Paris sud Orsay. Sciences cognitives.

Notre groupe est très intéressé par les ateliers de Louis et en particulier celui consacré à ce thème encore mystérieux pour chacun de nous ? merci à vous tous.

Marcel s’est gardé très peu de temps pour nous parler d’un philosophe qu’il lit en ce moment : « Penser la Mort » de Vladimir  Jankélévitch. Flammarion  1977.

Marcel nous dit : < comme Montaigne le rappelle « Philosopher c’est apprendre à mourir », donc je lis des philosophes. Et ces paroles font suite à nos diverses allusions produites pendant notre réunion.  Cela signifie peut-être que , en tant que retraités et pour certains très âgés, nous lisons des philosophes… !  V. Jankelevtch répond à cette hypothèse : Marcel reprend les phrases de l’éditrice Liana lévy :

<Pour ne pas penser à la mort, un seul remède, écrire sur la mort… l’humour est la revanche de l’homme sur le mystère du destin… Dans la solitude et la déréliction il nous reste cette dernière arme. » dans ces entretiens devenus introuvables, le thème de l’éthique médicale, de l’euthanasie côtoie des réflexions plus personnelles du philosophe.

Nous serons surement amenés à reparler de V. Jankélévitch, ses réflexions, son humour. François Cheng a lui aussi parler de la mort dans un essai riche et réconfortant.

Merci à vous tous, chers amis pour cette réunion très riche, Passerelles fait tout pour vous distraire et vivre des jeux, des ateliers passionnants que vous construisez et animez, heureusement il y a aussi des réconforts avec les crêpes cuisinées par nos amies, un cake au gingembre, et du thé noir parfumé. 

Nous n’avons pas évoqué le film Black Tea, le thé noir, donné à l’Espace Treulon, Bruges, pour ses habitués. Il était très intéressant.

<Une jeune ivoirienne d’une trentaine d’années dit non le jour de son mariage à la stupéfaction générale. Après avoir émigré en Asie, elle travaille dans une boutique d’exportation du thé avec Caï, un chinois de 45 ans. Tous les deux tombent amoureux, mais ils doivent faire face au tumulte de leur passé et aux préjugés. (2024 réalisé par Abderrahmane Sissako, Mauritanien, coproduit international, sélectionné au festival de Berlin) Une étrange poésie où tout est silence et appartient à l’onirique. Les rencontres sont dérangées, évanescentes, la pluie violente transmet les tumultes.>

Marie doit être remerciée. Elle gère les sorties vers Bruges et périphérie.

Nous nous retrouverons le 16 février2026 à 14h, pour de nouvelles aventures.

Bonnes lectures, bonnes réflexions.  Amitiés Nicole.