Café littéraire du 05/10/2026 📜📚

Nous sommes 14 lectrices et lecteurs ce lundi ensoleillé et nous avons 6 présentations proposées par nos participants qui sont sollicités par Louis. Autour de lui : Marielle, Monique S, Sylvie, Nicole C, Marcel, Monique M, Annick, Noëlle, Evelyne, Jean, Nicole S, Aurore, Isabelle. Nous pensons à nos amis empêchés.

Louis prend la parole pour demander au groupe ce qu’il pense du Cas de l’écrivain, Thélyson Orélien et de son livre « C’était ça ou mourir ».

Il rappelle notre engouement lors de sa présence dans l’émission la Grande Librairie, son image, son air de professeur courageux destiné à quitter sa vie pour rejoindre un pays plus calme que Haïti, actuellement en grande tourmente : cela nous avait touchés alors que nous sommes inquiets pour notre avenir et celui de notre Europe. Nous le comprenions… Et voilà qu’un article de journal, un nom Fitoussi, un éditeur Grasset et un nom IA, ébranlent la situation de cet émigré qui était presque couronné Prix Goncourt. Notre groupe a été marqué par cette aventure et nous écoutons les avis des uns et des autres : Grasset devient un éditeur sous influence et donc critiqué par certains, l’IA est une création dangereuse dont certains spécialistes s’obligent à affirmer les dangers pour nos biens, nos idées, notre culture…Et cet ensemble de données ou d’avis ou de ouï-dire crée un doute qui pourrait bien se généraliser dans nos opinions… Intéressant mécanisme de critique pouvant devenir puissant. Que faut-il privilégier ? l’homme qui a vécu un voyage épuisant et hors du commun, ou le style qui est étrange, souvent discontinu, différent de nos façons d’écrire…Le livre a plu et l’écrivain ou plutôt le voyageur a gagné notre estime, sinon la faveur d’un Prix grandiose…

Puis nous prenons un temps pour évoquer Cinéma Passerelles, conduit par Isabelle. Elle nous a emmenés voir un film intéressant « La vie d’une femme » avec Léa Drucker et Mélanie Thierry. Une femme presque modèle par ses engagements et par sa sensibilité, qui parvient à perdre l’équilibre par découragement et par amour, puis qui s’efface et s’engage dans une fin moins romantique mais sage… ? Nous avons tous partagé les étapes soulignées par des titres dans cette présentation, ces titres ont gêné certains et beaucoup moins d’autres. Nous avons reconnu Erri de Luca qui fait une apparition étonnante. Intéressant.

Puis nous allons entendre la présentation du livre choisi par Isabelle, elle nous parle d’un livre de Joseph Kessel : « Les mains du Miracle » relaté par le médecin Félix Kersten.

Il date de 1960 aux éditions Gallimard, une préface d’un historien anglais assure la véracité des faits. Elle fait intervenir Heinrich Himmler, bras droit de Hitler. Seul Félix Kersten, médecin danois parvenait à soigner les douleurs d’estomac de ce dirigeant nazi. Il s’était spécialisé dans les massages thérapeutiques. Le médecin accepte de soigner Himmler malgré ses convictions, il utilise la confiance du fanatique bourreau pour arracher des milliers de prisonniers ou de victimes du nazisme.     

 Joseph Kessel utilise ses compétences de grand reporter et de romancier pour nous rapporter les très nombreux actes de courage de ce Médecin (qu’il critique cependant), au cours de la seconde guerre mondiale. Ce livre exceptionnel, comme beaucoup d’autres aussi importants a disparu de nos mémoires : il nous reste des bribes de cette action réussie dans la durée, au péril de sa vie. Il est addictif ! Merci Isabelle de le rappeler.

 Puis Aurore nous propose un livre de Elisa Ronto « Trois petits chats ». Elle vit à Anglet où elle a trouvé un travail de journaliste photographe. Née en 1984, elle est jeune, elle a fait des études de Littérature anglaise et américaine, elle termine une licence « Arts et Humanité » à Reading. En 2007 elle est diplômée de la prestigieuse London School de journalisme. Elle rentre en France plus tard et devient reporter à Radio France. Grande photographe, elle parcourt l’Europe et publie de beaux carnets de voyage.

Les « Trois petits chats » sont un premier roman : Il est traversé par des tensions, c’est un récit glaçant qui traite de l’emprise.  Le titre fait référence à une comptine enfantine qui est un « Dorica castra » ? c’est une métaphore. Etrangement, il est écrit en vers libres, sans ponctuation : elle a choisi cette forme pour restituer les sensations de l’enfance face à la peur.

L’intrigue ou l’histoire : Une jeune mère qui vient de perdre son mari dans un accident de voiture. Elle a deux enfants : un petit garçon de trois ans et une fillette de six ans et demi : c’est cette enfant qui va être la narratrice jusqu’à ses seize ans. Après cet accident, ils vont se réfugier dans une vieille bastide provençale abandonnée. Apparait alors un homme providentiel, charmant, intelligent qui sait tout faire. Il répare tout dans le mas, s’y installe. Puis petit à petit, ils vont tomber sous l’emprise de cet homme pervers et violent. Par la ruse et par la force, il va installer le mécanisme de la perversion. Il va manipuler ces gens et on perçoit l’escalade de la violence physique, psychologique et la perversion. Ils vont vivre dans la peur.

La petite fille va toujours protéger son frère. Dans le jardin, les enfants ont construit une cabane en haut d’un châtaigner, d’où ils peuvent observer sans être vus ce qu’il se passe. C’est ainsi qu’elle voit le premier drame…

Aurore commente un peu sa présentation, et, le groupe perçoit que ces comportements de dépendance et de perversion ne sont pas rares. C’est un livre sur la peur, d’un genre particulier, mais d’autres existent, la guerre, la folie, la nature dangereuse…. Merci Aurore.

Louis donne la parole à Evelyne de retour d’un long voyage en Kurdistan ? elle présente « Mon Mari ! » de Maud Ventura.  Etrange coïncidence, ce livre est une face opposée au roman précédent. Maud Ventura est née en 1993, master en Philo, en management, elle travaille pour France Inter. Elle est rédactrice en chef chez NRJ.

Avec un sourire plein d’Humour, Evelyne nous parle d’une femme de 40 ans, mariée depuis quinze ans à un homme Idéal auquel elle voue une passion maladive et dévorante. Elle veut toujours plus, il faut qu’ils s’aiment comme au premier jour, elle va s’imposer une discipline de fer pour entretenir sa flamme ! Elle l’observe, note ses fautes, consigne méthodiquement ses moindres faits et gestes, échafaude des pièges, des punitions en conséquence….

Elle décortique l’amour Passion et Obsession en explorant la complexité du sentiment amoureux. Nous sommes dans la dépendance Affective absolue, la paranoïa. Interrogée sur l’épanouissement de la sexualité dans le mariage, elle questionne sur la place secondaire voire encombrante de la place des enfants qui empiètent sur ses moments privés.

Le livre se termine de façon étonnante, final inattendu, jubilatoire, renversant, qui offre une envie de le relire. Le style est tranchant, clinique, la structure est originale, très rythmée par les jours de la semaine, un style à lire au second degré. Un petit livre irrésistible, un peu dérangeant, trop drôle, on se laisse happer par sa lecture et la fin est particulièrement surprenante.

L’humour d’Evelyne est lui aussi surprenant au point que le groupe est pris de « fou-rire. » Peut-être est-ce une réaction aux formes diamétralement opposées de ces deux œuvres, de ces deux ambiances, et les comportements des personnages si différents bien sûr. Nous sommes tous devenus hilares, et merci à leurs prestataires.

Il y a longtemps, Nicole C. qui habite le plus souvent en DOM TOM, à la Réunion, nous avait présenté des bons romans, et, revenue en métropole, elle a choisi pour nous un sujet lourd, sur GAZA : « L’homme qui lisait les livres. » de Rachid Benzine, édition La Loupe paru en 2025.

Résumé (raccourci)

De l’exode à la prison, des engagements à la désillusion politique, du théâtre aux amours, des enfants qu’on voit grandir et vivre, aux drames qui vous arrachent ceux que vous aimez, sa voix nous guide à travers les labyrinthes de l’Histoire et de l’intime. Dans un monde où les bombes tentent d’avoir le dernier mot, il nous rappelle que les livres sont notre plus grande chance de survie – non pour fuir le réel, mais pour l’habiter pleinement. Comme si, au milieu du chaos, un homme qui lit était la plus radicale des révolutions.

LE LIVRE :

Un jeune photographe français, Julien Desmanges, a eu le droit, avec quelques autres reporters, d’aller faire un « papier » à GAZA. C’était en 2014. Ses commanditaires attendent de lui LE papier, celui qui attirera les foules, avec la photo la plus sensationnelle possible…

Le livre ouvre sur une rapide description de Gaza, meurtrie, bombardée, avec ses tas de ruines, mais encore vaillante et commerçante dans certains quartiers. Très rapidement, il rencontre un vieil homme, Nabil Al Jaber, né d’un père chrétien et d’une mère musulmane, qui se tient devant sa librairie.

Julien se dit qu’il tient là son reportage :

« Il y a tout dans cette scène. Tout ce que Gaza est devenue. Un vieux libraire accroché à ses bouquins, qui lit à deux pas des ruines. Comme si les mots pouvaient le sauver du bruit, de la souffrance, de la mort lente de la ville. Et tu te dis que c’est ça, la vraie image. »

Il va donc entamer la conversation avec lui. Nous partons, au sein de la ville de Gaza, de 1965 à environ 2025, pour un condensé d’histoire « de guerres » et d’histoires humaines. Il est difficile de résumé ce livre tant il est riche d’histoires, de descriptions, de terribles ressentis des humains de Gaza. Je vais vous présenter les grands titres et vous lire des passages qui vous permettront, je l’espère, d’avoir une petite idée de ce qu’on peut y découvrir.

Les grandes étapes de ce livre :

  • Un rapide état de la ville telle que Julien l’a découverte à son arrivée, en 2014
  • La vie de Nabil depuis son premier exil, quelques jours après sa naissance (des sionistes israéliens avaient attaqués la ville où ils habitaient le 31 décembre 1947) jusqu’en 2014.
  • L’épilogue qui nous apprend quelles ont été les relations entre Julien et Nabil entre 2014 et février 2025, dans quel état se trouve la ville, lorsque Julien a pu repartir à Gaza.

Il est bien évident que la vie dans un camp n’est pas une partie de plaisir. Du camp d’Aqabat Jabr où il a vécu toute sa jeunesse, Nabil et sa famille doivent repartir vers Jabaliya en 1966 où ils trouvent de meilleures conditions de vie, mais qui reste surpeuplé.

D’Aqabat Jabr, un camp dans la vallée du Jourdain, Nabil nous dira :

« Le camp entier était devenu un cimetière d’espoirs brisés…….C’était un carnaval de misères ».

« Cette terre est une litanie de représailles sur représailles, de haines empilées, de tristesse recouverte de tristesse ».

Et de Jabaliya, il ajoutera :

Qu’il émanait de ce camp « un sentiment d’oppression et d’enfermement« .

Toutefois plus humain que le précédent, le père de Nabil y a travaillé, Nabil et sa sœur ont pu aller à l’Université (avec une bourse), une pièce de théâtre y a été montée :

« C’étaient des moments suspendus, volés au malheur »

« Jabaliya, ce n’était pas le paradis, mais on y faisait notre vie ».

Nabil s’est marié, il a eu 2 enfants…

Tout cela entrecoupé de violences israéliennes comme

  • les 6 jours de Gaza, du 5 au 10 juin 1967, Nabil nous parle de l’entrée des Israéliens dans Jérusalem et, à Gaza : « l’apocalypse ». La description qu’on peut lire est au-delà de l’entendement.

« Le sol tremblait sous les chenilles des chars »

  • la première intifada en 1987 où Nabil s’est fait arrêter et emprisonner pour 20 ans…sorti en 2006, sous blocus israélien

Cela dura 38 ans. Jusqu’en 2004.

Trois ans plus tard, en 2009, « l’opération plomb durci ». Une véritable apocalypse, là aussi. C’est à ce moment-là qu’il décide d’ouvrir sa librairie.

Voici un passage intéressant à propos de l’état d’esprit de Nabil à cette date-là, avec un petit côté plus léger :

« C’est à cette époque que j’ai ouvert la librairie. Je voulais m’abstraire du monde, mais sans le quitter tout à fait. Être au seuil de la réalité. Là, devant ma librairie, à lire et relire les romans de ma vie. Vous comprenez ? J’ai décidé de ne pas ajouter de la laideur, de ne pas abîmer, d’être présent dans le silence de la lecture, d’apporter ma pierre avec mes livres. J’ai été inquiété souvent, les intégristes ne comprenaient pas pourquoi je ne faisais pas uniquement commerce de textes religieux. Et puis ils ont compris que j’étais un vieil homme un peu fou qu’il fallait laisser tranquille ».

Et nous arrivons à l’épilogue de roman.

Roman ? oui, c’est écrit sur la première page du livre ! Mais très certainement inspiré d’une connaissance approfondie de ce pays et de son histoire.

Entre 2014, année de première rencontre avec Nabil et le 7 octobre 2023, date à laquelle il est strictement interdit d’entrer dans Gaza, Julien a revu plusieurs fois Nabil et sa famille.

Ce n’est qu’en février 2025 que quelques journalistes occidentaux ont pu entrer dans le territoire. Julien nous parle alors de ce qu’il y a trouvé :

« Comme beaucoup, tu avais vu de nombreuses images et vidéos des lieux dévastés.

Mais entre les voir et y être… La quasi-totalité de ce qui avait existé avait disparu. Tout était détruit, en lambeaux. A chaque demeure broyée correspondait une famille, une histoire, des vies. Les drones, les avions et les ordres des occupants continuaient de régner sur ce silence macabre. Le dénuement était total. L’impression ressentie, intraduisible. Ta bonne connaissance du camp de Jabaliya et de la ville de Gaza t’a permis de te situer dans les rues malgré les ruines…… Le verdict est sans appel. Ils ont toutes et tous été effacés dès le début des représailles israéliennes…… Un gamin court dans les décombres. Il te voit, il s’arrête, se penche, te regarde à nouveau, attrape quelque chose au sol, s’avance vers toi. Sourire aux lèvres, il te tend sa trouvaille, quelques pages d’un ouvrage trilingue qui battent au vent…. Tu respires le papier, tu crois reconnaître une odeur familière. Tu rends les feuillets au gamin. Il repart en brandissant vers le ciel son trophée. Tu te détournes. Et tu sèches tes larmes. »

C’est mon premier livre sur ce sujet. Je n’en suis pas sortie indemne. Toutefois, j’ai aimé la lecture de ce livre pour les réflexions qu’elle induit, pour les connaissances qu’elle nous apporte, pour les nombreuses formules chocs de Rachid Benzine qui nous percutent. Elles nous incitent également à prendre conscience de la grande dignité de ce peuple que nous pouvons ressentir à travers le récit de Nabil.

Et pour finir, une phrase récupérée d’une critique chez Babelio et qui me convient tout à fait :

« Entrer dans ce récit, c’est accepter de descendre dans la mémoire d’un peuple blessé…. C’est refermer ce livre le cœur en cendres et les yeux plein de visages ».

BIOGRAPHIE :

Rachid Benzine est un islamologue, politologue, enseignant, romancier et dramaturge franco-marocain. Né le 5 janvier 1971 à Kénitra, au Maroc, il arrive en France avec sa famille à l’âge de sept ans et grandit à Trappes.

Il étudie les sciences politiques à l’université Paris-Descartes et l’économie à l’université de Versailles–Saint-Quentin-en-Yvelines. Son parcours le conduit à s’intéresser aux textes religieux, à leur histoire et à leurs interprétations. Il devient spécialiste de l’herméneutique coranique contemporaine : autrement dit, de l’étude des façons de lire et d’interpréter le Coran, en tenant compte de son contexte historique et des outils des sciences humaines.

Il enseigne notamment à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, dans le cadre du master « Religions et société », et intervient aussi à l’Université catholique de Louvain.

 Bravo Nicole

 Je n’ai pas pu garder le format élégant de ton document, mais il garde l’intérêt et la ferveur qui t’ont animée pendant ce travail.

Marcel a choisi un livre sombre « Rochebrune » de Sophie Divry, l’auteure est née en 1979 à Montpellier. Elle a écrit sept romans dont le dernier «Fantastique histoire d’amour » a reçu le prix de France télévision, édité par le Seuil 2024.

C’est encore une histoire de couple « recomposé » ! Xavier et son fils de 7ans Léon, son ex- épouse Amélie qui s’est remariée ; Xavier est accompagné de sa nouvelle femme Isabelle et de sa fille de 14 ans, Noémie. Marcel ajoute : « Je passe sur les détails du départ en vacances d’hiver à la montagne. C’est une situation complexe : le père se prétend grand spécialiste des hauts sommets, ce qui est loin d’être le cas, et le reste de la famille est traînée avec dégoût vers ces fameux hauts sommets…

Le père naïf et prétentieux va partir avec un ami en haute montagne, très haute montagne : cet ami est encore plus imbu de ses capacités que le père et le résultat ne va pas tarder. Je ne vous en dis pas plus.

L’écriture est très classique, réaliste, détaillant avec soin l’incroyable complexité de ce genre de famille, sans oublier les rapports féroces qu’entretiennent les couples entr’eux et avec leurs «  ex », de la haine viscérale des enfants entre eux, de la médiocrité des lieux où ils atterrissent : gîte paumé loin du minuscule village, tenu par une redoutable vieille, sale, bête et méchante, village aux habitants évidemment obtus, et j’en passe…Il faut ajouter les tentations sexuellement appétissantes d’Isabelle et sa mère pour un bûcheron pas mal équipé !!!!

Quant au reste de la famille, le résultat ne va pas être meilleur : drames féroces, liés aux risques encourus dans de pareils coins ou recoins, expliqués par l’auteur sans la moindre retenue, avec la précision d’un chirurgien… Je pense que Sophie Divry hait la montagne avec grande vigueur, j’en viens à me demander si elle n’a pas elle-même vécu des situations pareilles. Est-ce cela écrire un roman ? aimer son public ?

Ou bien se venge-telle de ses expériences ?

Et benoîtement, Marcel nous dit « je vous conseille de lire ce livre, pour son réalisme social, sa description des familles recomposées, d’un réalisme cru, féroce souvent, ne manquant pas d’humour, noir, bien sûr ; cela peut satisfaire des fantasmes sans trop de dangers et éviter des drames qui surgissent dans des vacances de ce type…(On peut aussi ne pas choisir ce type de livre !)

Ouf, ce fut une transcription difficile !

Louis souhaite nous faire sourire avec son choix particulier !

Pour égayer la fin de notre café qui a abordé des thèmes difficiles et bouleversants, Louis propose un moment récréatif avec « Dans la dignité » de François Marchand.

François Marchand : Nous savons peu de choses sur lui. Il a passé une quinzaine d’années au sein d’une administration centrale de l’Etat, ce qui lui a permis de voir de près le fonctionnement du système. Il se sert de cette expérience pour ses romans (il en a écrit 9), avec un humour décalé, souvent noir.

« Dans la dignité » : c’est son dernier roman, court, aux allures dystopiques, cependant bien ancré dans le réel. Il fait écho aux débats qui ont eu lieu en France sur la loi d’aide à mourir. L’auteur imagine le quotidien d’un médecin, le ‘bon Dr Combes’, qui exerce sa profession dans un domaine spécialisé, celui de la fin de vie. Il est certifié ‘TFV’, TFV signifiant traitement de fin de vie. Traitement indique, dans son acception courante, une action destinée à maintenir le patient en vie et à la ramener en bonne santé ; ici traitement concerne l’injection létale qui expédie le patient dans l’au-delà. Avec le Dr Combes, le patient qui veut en finir avec la vie a juste à remplir correctement un dossier et il est servi à domicile.

Au travers des trois parties du roman, l’auteur expose des situations très diverses relatives à l’activité de notre bon Dr Combes. Une première lecture nous met au contact d’une patiente qui reçoit le Dr Combes pour son TFV. Une seconde nous expose le cas de Cléon, un homme dans la force de l’âge, qui, compte tenu de ses difficultés, et malgré la présence de sa compagne bienveillante Faustine et de sa file, veut en finir avec la vie mais ne remplit pas les conditions légales et doit de ce fait partir en Belgique pour accomplir le geste fatal. L’ambiance du voyage en train vers la Belgique est à peu près celle d’un voyage vers un parc d’attraction.

C’est un roman caustique, plein d’humour et jubilatoire maniant l’absurde avec talent, sur l’offre médicale alléchante à venir dans ce domaine. La mort devient un simple service à domicile, comme le ménage ou le portage de repas. Le patient intéressé prend contact avec un médecin certifié TFV via l’appli www.easy-tfv.com.

En bref, sa lecture procure un moment récréatif, mais qui amène quand même à s’interroger sur ce qui pourrait bien advenir dans nos sociétés. Je rejoins Marcel pour conseiller, comme lui pour son livre, sa lecture à 50%.

Les lecteurs de notre groupe nous ont pris à revers, pas de lyrisme, pas de romantisme, des situations noires pour être en phase avec l’environnement, l’ambiance de ce mois d’octobre… Heureusement notre poète est présente, elle va nous soutenir !

Sylvie nous demande tout gentiment d’écouter quelques vers de Paul Eluard (1895-1952) qu’elle aime beaucoup : on se souvient qu’il a vécu avec trois épouses, Gala Dali (de 1917 à son décès 1929) Nush Eluard (1934-morte en 1946) et Dominique Lemort (1951 à son décès 1952) C’est Lourd à vivre. !

Nous sommes ravis de nous réconforter avec le thé de Sylvie et les délicieux muffins au chocolat de Aurore, le cake à l’amande subtilement parfumé de Monique M.

Nous nous retrouverons le 19 octobre, 14 heures.

Bonnes lectures, bon début d’Automne. Amitiés. Nicole.